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faire du Rhum Zamal au Cannabis

Zamal : ce que l’on sait vraiment du cannabis de La Réunion

Le Zamal, c’est le nom que l’on donne au cannabis à La Réunion. Le mot est entré dans le créole réunionnais, dans la poésie et dans les chansons, et la plante pousse sur l’île depuis au moins deux siècles et demi : un spécimen conservé à l’herbier du Muséum national d’histoire naturelle, récolté sur l’« Île Bourbon » par le naturaliste Philibert Commerson, en atteste dès 1771. Autour de ce nom circulent pourtant beaucoup de légendes : une variété « pure » plus forte que les autres, une culture tolérée tant qu’on se limite à un ou deux pieds, une origine indienne ou malgache présentée comme certaine.

Que sait-on vraiment ? Pour le savoir, on a croisé les archives (le journal d’un marin anglais captif à Madagascar publié en 1729, la flore de La Réunion parue en 1895, les herbiers du Muséum), les rapports de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) et les textes de loi en vigueur en 2026. Au programme : d’où vient le mot zamal, comment la plante est arrivée sur l’île, ce que disent vraiment les analyses de la « beuh zamal », pourquoi la skunk est en train de la remplacer, et ce que prévoit la loi, qui est exactement la même à Saint-Denis qu’à Paris.

L’essentiel en 30 secondes
• Zamal vient du malgache jamala, qui désigne le chanvre dans plusieurs parlers de Madagascar.
• La plante est attestée à La Réunion dès 1771 par un herbier du Muséum.
• Les analyses de l’OFDT donnent 8 à 11 % de THC, des valeurs comparables aux herbes de l’Hexagone.
• Un seul pied est déjà une production de stupéfiants, punie jusqu’à 20 ans de réclusion.

Zamal : la définition

Le zamal désigne le cannabis (Cannabis sativa L.) à La Réunion, et plus précisément les variétés locales cultivées sur l’île depuis des générations. Le mot s’emploie aussi bien pour la plante que pour l’herbe séchée. Le Conservatoire botanique national de Mascarin le recense sous les noms de zamal, amale et gandia, et range la plante parmi les espèces exotiques, cultivées et établies : introduite par l’homme, elle s’est installée durablement.

Le zamal a aussi son vocabulaire. On parle de zamalien pour le consommateur, de kalités pour les différentes sortes de zamal, et l’herbe se vend au « rouleau », une unité locale que l’OFDT estime à une dizaine de grammes. Dans le langage courant, le sens s’élargit : un média local a récemment parlé de « zamal thaïlandais » pour 140 kg d’herbe saisis dans un fret aérien, signe que le mot tend à désigner n’importe quelle herbe.

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D’où vient le mot « zamal » ?

Le mot vient du malgache jamala, qui signifie « chanvre ». À Madagascar, jamala désigne le cannabis dans plusieurs parlers du sud et de l’est (bara, tanosy, betsimisaraka, taisaka), alors que le malgache standard dit rongony. Le linguiste Robert Chaudenson, cité par l’anthropologue Jean Benoist en 1975, relève le mot dès le vocabulaire de Robert Drury, un marin anglais resté quinze ans captif dans le sud de Madagascar, dont le journal paraît en 1729. Drury y décrit une plante qu’il transcrit « Jermaughler », que l’on fume et dont les graines ressemblent à celles du chanvre. L’authenticité de ce journal reste toutefois discutée.

Sur l’île, le mot a connu plusieurs formes :

  • 1830 : Jean Benoist rapporte le cas d’un assassin qui « avait fumé de l’Amale » ;
  • 1895 : la Flore de l’île de la Réunion d’Eugène Jacob de Cordemoy note le nom populaire « Amale » et précise qu’on dit « Gandia » en tamoul, un nom venu d’Inde, parent du ganja ;
  • 1951 : le poète Jean Albany publie un recueil intitulé Zamal, et la forme actuelle s’impose.

Comment le zamal est arrivé à La Réunion : le prouvé et le supposé

Aucun document ne date l’arrivée du cannabis sur l’île. Les sources permettent seulement de distinguer ce qui est prouvé de ce qui est probable. Côté preuves, le plus ancien témoin est une planche d’herbier du Muséum (référence P00108129), étiquetée « Ile Bourbon » et récoltée par Commerson, présent sur l’île en 1771. L’OFDT parle d’une présence « attestée dès 1770 dans un herbier ». En 1848, l’année de l’abolition de l’esclavage à La Réunion, le botaniste Louis-Hyacinthe Boivin récolte un autre spécimen, noté « cultivé ». En 1895, Cordemoy décrit une plante « spontanée », présente surtout autour des habitations, qui « n’est pas textile » et que fument « les Indiens et les Africains ».

Côté hypothèses, deux pistes reviennent :

  • La piste malgache : les premiers habitants de l’île, arrivés en 1663 avec Louis Payen, comptaient une dizaine de Malgaches venus de Fort-Dauphin. L’origine malgache du mot rend l’hypothèse plausible, mais rien ne la démontre.
  • La piste indienne : après l’abolition, l’engagisme fait venir entre 147 000 et 165 000 travailleurs sous contrat, dont 117 000 originaires d’Inde. Leur rôle est documenté pour les usages (le nom gandia, un usage rituel réservé au prêtre possédé lors de certaines cérémonies), pas pour l’introduction de la plante, déjà présente en 1771.

L’OFDT résume prudemment : le zamal serait arrivé « via l’esclavage et l’engagisme », et les populations venues d’Afrique, de Madagascar, des Comores, de Chine ou d’Inde l’intégraient à leur pharmacopée traditionnelle. Benoist signale aussi des usages domestiques : quelques pieds plantés près des courges pour éloigner les insectes, des feuilles mêlées à la nourriture des coqs de combat. Plus tard, la plante gagne les jeunes, lycéens compris.

Date Repère
1663 Premiers habitants, dont une dizaine de Malgaches
1729 Le journal de Drury décrit la plante fumée à Madagascar
1771 Plus ancien spécimen connu de l’île, récolté par Commerson
1830 L’« Amale » apparaît dans une affaire criminelle
1848 Abolition de l’esclavage ; spécimen noté « cultivé »
1860-1930 Essor de l’engagisme, surtout depuis l’Inde
1895 La flore de Cordemoy cite « Amale » et « Gandia »
1951 Jean Albany publie Zamal
1970 Loi du 31 décembre 1970 sur les stupéfiants
2021 Une feuille de l’herbier de 1848 est prélevée pour analyse
2025 Pour l’OFDT, la skunk « tend à supplanter le zamal »
2026 L’amende forfaitaire pour usage passe à 500 €

Le zamal est-il une variété à part ?

On lit souvent que le zamal serait une landrace, c’est-à-dire une variété locale ancienne, façonnée par des générations de sélection paysanne, voire une « sativa 100 % pure ». Le problème, c’est qu’aucune étude génétique publiée n’a jamais analysé le zamal : une recherche dans la base scientifique Europe PMC, en septembre 2026, ne donne aucun résultat. Les tailles de plante, les durées de floraison et les kalités qui circulent (mangue-carotte, fil rouge, sec-au-pied…) relèvent de la tradition orale. Détail savoureux : en 1895, Cordemoy classait la plante réunionnaise sous le nom de Cannabis indica, l’appellation savante de l’époque pour le chanvre à fumer venu d’Inde. Les étiquettes « sativa » et « indica » ont depuis changé de sens, ce qui invite à la prudence face aux fiches qui affirment une pureté botanique.

Ce que l’on sait, en revanche, c’est que le zamal change. Dès 2021, l’OFDT relevait une dégradation des qualités locales depuis une dizaine d’années : floraisons plus difficiles et plus petites, baisse supposée de la teneur en THC. Parmi les causes possibles, il citait la pollinisation par du chanvre industriel, dépourvu de THC. Les cultivateurs se sont alors tournés vers des hybrides importés, surtout la skunk. Le phénomène dépasse La Réunion : en 2020, les botanistes John McPartland et Ernest Small alertaient dans la revue PhytoKeys sur les cannabis traditionnels d’Asie du Sud, menacés par l’hybridation.

Appellation Territoire Ce que dit la science
Zamal La Réunion Herbiers de 1771 et 1848, aucune étude génétique
Kif, beldiya Rif (Maroc) Histoire et caractéristiques décrites en 2022 (Bachir et al.)
Variétés locales iraniennes Iran Traits génétiques étudiés en 2026 (Babaei et Torkamaneh)
Cannabis traditionnels Asie du Sud Classés comme menacés par l’hybridation (McPartland et Small, 2020)

Ce que la science ignore encore
• La date et le mode d’arrivée du cannabis sur l’île.
• Le profil génétique du zamal et sa parenté avec les cannabis malgaches ou indiens.
• Le résultat de l’analyse de l’herbier de 1848, prélevé en 2021 et jamais publié à ce jour.

Beuh zamal : ce que disent vraiment les analyses

La beuh zamal est souvent présentée comme plus forte que les autres herbes. Les rares analyses publiques disent le contraire. Dans le cadre du dispositif SINTES, l’OFDT a fait analyser des échantillons vendus comme du zamal : 11 % de THC en 2024, une valeur jugée « similaire à celles constatées pour les herbes de cannabis dans l’hexagone », puis 8 % et 11 % pour les deux échantillons de 2025. À l’inverse, la skunk importée est réputée plus dosée.

Les prix relevés par l’OFDT racontent la même histoire. En 2021, le zamal de « bonne qualité » se vendait en moyenne 5 € le gramme, contre 0,5 € dix ans plus tôt, parce qu’il devenait rare. Le rapport 2025 dresse ce tableau :

Produit Prix courant à La Réunion (2025) Commentaire de l’OFDT
Zamal 20 € le rouleau (10 € au plus bas) Rouleau d’environ 10 g, qualité « en baisse continue »
Skunk 10 € le gramme (15 € au plus haut) Importée, « tend à supplanter le zamal »
Résine 20 € le gramme (35 € au plus haut) Importée, grande variabilité des prix

La résine, importée, coûte ainsi plus du double du prix relevé dans l’Hexagone, où le gramme tourne autour de 8 € (voir notre article sur la barrette de shit).

Côté santé, le zamal reste du cannabis, avec les risques connus du THC : dépendance, épisodes d’angoisse, troubles psychotiques chez les personnes vulnérables, accidents de la route. Une revue publiée en 2018 dans la revue Thérapie classe l’alcool puis le zamal en tête des substances psychoactives consommées sur l’île. Chez les jeunes, l’enquête ESCAPAD 2023 donne ces chiffres :

Jeunes de 17 ans (2023) La Réunion Hexagone
Ont déjà essayé le cannabis 31,4 % 29,9 %
Usage régulier 5,5 % 3,8 %
Usage régulier chez les garçons 8,3 % 5,3 %

L’écart d’usage régulier n’est statistiquement significatif que chez les garçons. On est donc loin des « 47 % des jeunes » que l’on trouve encore en ligne. Chez les adultes de 18 à 64 ans, un Réunionnais sur trois a déjà essayé le cannabis (un homme sur deux, une femme sur quatre), avec des fréquences d’usage comparables à celles de l’Hexagone (Baromètre santé 2021).

Besoin d’en parler ?
Drogues Info Service répond au 0 800 23 13 13, 7 jours sur 7, de façon anonyme et gratuite. À La Réunion comme ailleurs, les CSAPA (centres d’addictologie) reçoivent gratuitement et en toute confidentialité.

Le zamal dans la culture réunionnaise

Peu de plantes ont une place pareille dans une culture régionale. En 1951, le poète Jean Albany publie Zamal, un recueil de 41 poèmes considéré comme l’acte fondateur de la poésie réunionnaise contemporaine. Le groupe Ousanousava a consacré au zamal une chanson au regard critique, un Abécédaire du zamal est paru en 2011, et le film Zamal Paradise est sorti en 2021. On lit parfois que le zamal serait lié au maloya : aucune source sérieuse ne l’établit.

Reste le rhum zamal, du cannabis mis à macérer dans du rhum, qui fait partie des légendes locales. Aucune source historique solide n’en documente l’origine, et il n’a rien d’anodin : le préparer, le détenir ou l’offrir relève de la législation sur les stupéfiants.

Zamal et loi : ce qui s’applique à La Réunion en 2026

La Réunion est un département et une région d’outre-mer régis par l’article 73 de la Constitution. Les lois nationales s’y appliquent de plein droit, le droit pénal ne peut faire l’objet d’aucune adaptation locale, et La Réunion est même exclue du dispositif qui permet à d’autres territoires d’outre-mer de fixer certaines règles eux-mêmes. En clair : aucune tolérance locale n’est possible, et l’idée qu’« un ou deux pieds, c’est légal », relevée par l’OFDT, est fausse.

Situation Ce que prévoit la loi en 2026
Consommer du zamal 1 an de prison et 3 750 € d’amende, ou amende forfaitaire de 500 € (400 € minorée, 1 000 € majorée)
Cultiver, même un seul pied Production de stupéfiants : jusqu’à 20 ans de réclusion et 7,5 M€ d’amende
Préparer ou offrir du rhum zamal Mêmes infractions que pour le cannabis : fabrication, détention, cession
Présenter le zamal sous un jour favorable 5 ans de prison et 75 000 € d’amende
Conduire après en avoir consommé 3 ans de prison et 9 000 € d’amende depuis la loi du 9 juillet 2025
Fleurs CBD à 0,3 % de THC maximum Vente autorisée depuis la décision du Conseil d’État du 29 décembre 2022

Et la loi s’applique. En 2023, les forces de l’ordre ont constaté environ 2 600 infractions liées aux stupéfiants sur l’île, soit 7 par jour, un chiffre presque doublé en un an (+91 %), dont 90 % pour usage ou détention. La même année, la douane a saisi un record de plus de 700 kg de cannabis, surtout de l’herbe. Du 1er janvier au 5 septembre 2025, la préfecture a recensé 1 626 amendes forfaitaires pour usage. Les plantations aussi sont visées : 2 337 plants saisis à Saint-Joseph en novembre 2025, 373 à Saint-Leu en février, 350 à Plateau-Caillou en décembre. En février 2025, une filière vers l’île Maurice a été démantelée, avec 224 kg de zamal saisis.

Le débat existe pourtant. En 2019, l’addictologue réunionnais David Mété plaidait pour une expérimentation prudente, et à l’île Maurice voisine, un rapport remis le 10 septembre 2026 soumet trois scénarios de réforme au gouvernement. Mais La Réunion, elle, ne peut rien décider seule.

Et le CBD à La Réunion ?

La seule forme de cannabis autorisée à La Réunion, comme partout en France, ce sont les produits issus de chanvre dont le taux de THC ne dépasse pas 0,3 %. Ces fleurs CBD n’ont pas l’effet psychotrope du zamal, et un produit vendu comme « zamal CBD » ne peut être légal que s’il respecte ce seuil : ce n’est alors plus du zamal au sens où l’entend l’île.

Prudence aussi avec les produits douteux : en 2025, un échantillon vendu comme « CBD » sur l’île et analysé par l’OFDT contenait en réalité des cannabinoïdes semi-synthétiques, dont du THCP. D’où l’intérêt de choisir des fleurs CBD accompagnées d’analyses de laboratoire. Et même avec un CBD conforme, des traces de THC peuvent apparaître au dépistage : on t’explique tout dans notre article sur le CBD au volant et le test salivaire.

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Zamal : questions fréquentes

Qu’est-ce que le zamal ?

C’est le nom réunionnais du cannabis, et plus précisément des variétés locales cultivées sur l’île, où la plante est attestée depuis au moins 1771.

D’où vient le mot « zamal » ?

Du malgache jamala, « chanvre », employé dans plusieurs parlers du sud et de l’est de Madagascar. Au XIXe siècle, on disait aussi « amale ».

Le zamal est-il légal à La Réunion, même un ou deux pieds ?

Non. La loi est la même que dans l’Hexagone : un seul pied constitue une production de stupéfiants, punie jusqu’à 20 ans de réclusion.

Le zamal est-il plus fort que les autres herbes ?

Non. Les échantillons analysés par l’OFDT en 2024 et 2025 contenaient 8 à 11 % de THC, des valeurs comparables aux herbes de l’Hexagone.

Quelle différence entre zamal et skunk ?

Le zamal désigne les variétés locales ; la skunk, des hybrides importés, plus dosés en THC selon l’OFDT, qui tendent à le remplacer.

Le rhum zamal, c’est légal ?

Non. Faire macérer du cannabis dans du rhum reste une fabrication et une détention de stupéfiants, et l’offrir est une cession.

Le « zamal CBD », ça existe ?

Pas au sens réunionnais. Seuls les produits de chanvre à 0,3 % de THC maximum sont légaux, et ils n’ont pas l’effet psychotrope du zamal.

La weed est-elle tolérée pour les touristes à La Réunion ?

Non. La Réunion applique la loi française sans aucune tolérance locale : l’usage est puni d’une amende forfaitaire de 500 €, voire de poursuites.

Le mot de la fin

Le zamal est bien plus qu’un surnom : c’est un mot venu de Madagascar, une plante attestée sur l’île depuis 1771, un titre de poésie et un pan de la culture réunionnaise. Mais c’est aussi un cannabis ni plus fort ni plus légal qu’ailleurs, peu à peu remplacé par la skunk, et que la loi traite exactement comme dans l’Hexagone. Son histoire génétique, elle, reste à écrire.

Cet article a une visée informative et historique. Jungle Kush ne vend que des produits au CBD conformes à la réglementation française et n’encourage pas la consommation de cannabis contenant du THC, interdite en France, La Réunion comprise.

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