Non, le cannabis n’est pas légal à l’île Maurice, et le CBD ne l’est pas davantage. Le gandia, comme on l’appelle sur place, est classé parmi les drogues dangereuses par le Dangerous Drugs Act 2000. Fumer un joint, en avoir un sur toi ou en acheter peut te valoir jusqu’à 2 ans de prison et 50 000 roupies d’amende (de l’ordre de 930 €). Le seul cannabis autorisé est un cannabis médical délivré à l’hôpital, sur décision d’un comité, à des patients sélectionnés.
Le sujet bouge pourtant en 2026. Le gouvernement de Navin Ramgoolam a lancé une révision de la politique du cannabis : consultations publiques au printemps, plus de 1 800 contributions, puis remise d’un rapport au Premier ministre le 9 septembre 2026. Trois pistes sont sur la table : dépénaliser, décriminaliser ou légaliser de façon très encadrée. Mais tant qu’aucune loi n’est votée, rien ne change pour toi : les règles décrites ici sont celles qui s’appliquent aujourd’hui.
L’essentiel en 30 secondes
• Cannabis interdit : usage et détention punis de 2 ans de prison et 50 000 roupies d’amende au maximum, peines doublées au-delà d’une certaine valeur saisie.
• CBD interdit aussi : la loi vise toutes les parties de la plante, sans seuil de THC. Une fleur CBD légale en France reste du cannabis à Maurice.
• Touriste : même loi que pour les Mauriciens, contrôles poussés à l’aéroport (scanners, chiens), garde à vue et procès possibles.
• Réforme en cours : un rapport sur la dépénalisation ou la légalisation a été remis le 9 septembre 2026, mais aucune loi n’a encore changé.
Que dit la loi à l’île Maurice en 2026 ?
Le texte de référence est le Dangerous Drugs Act 2000 (loi n° 41 de 2000), modifié à plusieurs reprises, notamment en 2003, en 2008 et surtout par le Dangerous Drugs (Amendment) Act 2022, promulgué le 18 novembre 2022. Il range le cannabis parmi les « drogues dangereuses », au même titre que les autres stupéfiants.
Sa définition est très large. Le gandia y désigne « toutes les parties » de la plante Cannabis sativa ou indica, y compris les préparations traditionnelles appelées bhang, babzi ou siddhi. La résine (hashish, charras) est classée à part, avec une peine plancher en cas de trafic. Concrètement, la loi interdit :
- la consommation sous toutes ses formes (fumer, inhaler, ingérer) ;
- la détention, l’achat et le transport, même d’une petite quantité ;
- la possession d’une pipe ou de tout ustensile servant à consommer ;
- la culture d’un seul pied, que la police peut arracher et détruire ;
- la vente, le don, l’importation et l’exportation, punis comme du trafic.
La seule exception, créée en 2022, concerne le « medicinal cannabis » : des médicaments à base de cannabis, importés par le ministère de la Santé et délivrés à l’hôpital. Le reste de la plante demeure interdit. Depuis 2013, la loi vise aussi les cannabinoïdes de synthèse (vendus sous des noms comme « Black Mamba » ou « Spice »), devenus un problème sanitaire majeur dans le pays.
Amendes et prison : le barème du Dangerous Drugs Act
La justice mauricienne a la réputation d’être ferme, et le barème le confirme. Voici les peines maximales prévues par la loi pour le cannabis, avec une conversion indicative en euros (1 € vaut environ 54 roupies en septembre 2026).
| Infraction | Article | Peine maximale |
|---|---|---|
| Consommer, détenir, acheter ou transporter pour soi, posséder une pipe | Section 34 | 2 ans de prison et 50 000 Rs (environ 930 €) |
| Détention, achat ou transport d’herbe d’une valeur marchande de 5 000 Rs ou plus (10 000 Rs pour la résine) | Section 34 (5) | Peines doublées : 4 ans et 100 000 Rs |
| Vendre, proposer ou distribuer à quelqu’un, même à un ami, pour sa consommation personnelle | Section 35 | 15 ans de prison et 500 000 Rs (environ 9 300 €) |
| Cultiver, importer, exporter, vendre (trafic) | Section 30 | 25 ans de servitude pénale et 1 million de Rs ; au moins 5 ans pour la résine |
| Trafiquant reconnu comme tel | Section 41 | 60 ans de servitude pénale et 10 millions de Rs |
| Conduire sous l’influence d’une drogue | Section 40 | 5 ans de prison ou 10 000 Rs ; doublé en cas de mort ou de blessure grave |
Plusieurs circonstances aggravantes doublent les peines : un mineur impliqué, des faits commis dans ou près d’une école ou d’un hôpital, ou dans un tribunal, un antécédent de condamnation pour drogue, à Maurice ou à l’étranger. Refuser un test de dépistage au volant est puni comme la conduite sous influence.
Une alternative existe pour les usagers. Depuis la réforme de 2022, un usager pris pour sa consommation personnelle (section 34), sans circonstance aggravante et sans lien avec un trafic, peut être orienté par la police et le parquet (DPP) vers le Drug Users Administrative Panel (DUAP) : s’il accepte de se soigner, un parcours de soins remplace les poursuites ; s’il ne le suit pas, le dossier repart au parquet. Ce n’est pas un droit : la décision se prend au cas par cas, et la loi ne fixe aucun seuil de quantité qui garantirait d’en bénéficier. Selon RFI, plus des trois quarts des détenus pour des infractions liées aux stupéfiants le seraient pour simple consommation ou possession de petites quantités de cannabis.
Et le CBD à l’île Maurice ?
C’est souvent la première question des voyageurs, et la réponse est nette : le CBD n’est pas légal à l’île Maurice. Contrairement à la France ou à l’Union européenne, la loi mauricienne ne prévoit aucun seuil de THC en dessous duquel le chanvre serait autorisé, et aucune exception pour le cannabidiol. Comme la définition du gandia couvre toutes les parties de la plante, une fleur ou une résine CBD à moins de 0,3 % de THC est juridiquement du cannabis.
Il n’existe donc pas de boutiques CBD autorisées sur l’île, ni de cadre pour vendre des huiles, des fleurs ou des infusions au public. Le seul cadre légal qui touche au CBD est celui du cannabis médical, sous forme de médicaments délivrés à l’hôpital. Pour le voyageur, la conséquence est simple : ne mets aucun produit CBD dans ta valise, même acheté légalement en France, même en petite quantité, même sous forme d’huile.

En France, en revanche, le CBD est parfaitement légal tant que le produit contient 0,3 % de THC au maximum, fleurs comprises depuis la décision du Conseil d’État du 29 décembre 2022. Tous les détails sont dans notre guide sur la loi du CBD en France. Le plus simple est donc de laisser tes produits à la maison et de les retrouver au retour.

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Ce que risque un touriste à l’île Maurice
Être étranger ne change rien : la loi s’applique de la même façon aux touristes qu’aux Mauriciens. Une interpellation pour quelques grammes peut signifier une garde à vue, des poursuites et une procédure qui dure bien au-delà de tes vacances. Les ambassades peuvent t’assister, mais pas te soustraire à la justice locale.
À l’aéroport. La douane mauricienne (MRA) et la brigade antidrogue de la police (ADSU) sont très présentes à l’aéroport international Sir Seewoosagur Ramgoolam. Selon l’Organisation mondiale des douanes, l’aéroport dispose d’un scanner corporel depuis janvier 2022, et la douane compte 16 scanners à rayons X répartis entre les points d’entrée du pays ainsi qu’une brigade de 16 chiens détecteurs. Importer du cannabis, y compris du CBD, relève en théorie du trafic (section 30), la catégorie la plus lourde. Avant de partir, lis notre guide pour voyager en avion avec du CBD : pour Maurice, la réponse est de ne rien emporter.
À l’hôtel et dans les lieux publics. La loi punit aussi les gérants d’hôtels, de restaurants, de bars ou de clubs qui tolèrent la consommation de drogue chez eux (section 36). Les établissements ont donc tout intérêt à appliquer une tolérance zéro.
Dans la rue. Il n’existe aucun point de vente légal. Acheter à un inconnu, c’est commettre une infraction (l’achat est puni comme la détention) et s’exposer à des produits frelatés, notamment aux drogues de synthèse, très présentes sur l’île et bien plus dangereuses.
Au volant. Si tu loues une voiture ou un scooter, sache que la conduite sous l’influence d’une drogue est punie de 5 ans de prison au maximum, et qu’un refus de dépistage est puni de la même façon. Le THC reste détectable plusieurs jours : notre article sur la durée de détection du THC donne les ordres de grandeur.
Si tu suis un traitement à base de cannabis. La loi (section 28K) autorise un voyageur à entrer avec du cannabis médical seulement s’il a une ordonnance et une autorisation préalable du ministère de la Santé mauricien. Une simple ordonnance française ne suffit pas.
Cannabis médical : un accès très fermé
L’île Maurice a légalisé le cannabis médical avec le Dangerous Drugs (Amendment) Act 2022. Le cadre est très restrictif, loin du modèle sud-africain. Voici comment il fonctionne :
- Produits limités : uniquement des gélules, des solutions huileuses ou des sprays buccaux, à 30 mg de THC par millilitre au maximum (3 %), dans un volume de 60 ml au plus. Pas de fleurs, pas de résine.
- Quatre indications : spasticité liée à la sclérose en plaques, épilepsie sévère résistante, nausées et vomissements dus à une chimiothérapie, douleurs sévères résistantes aux traitements, quand les traitements classiques ont échoué. Le comité peut en admettre d’autres au vu des données scientifiques.
- Parcours encadré : un médecin spécialiste formé et autorisé saisit le comité thérapeutique (Medicinal Cannabis Therapeutic Committee) de l’hôpital régional, qui accepte ou refuse la demande.
- Délivrance à l’hôpital : par un pharmacien du service public formé, sur une ordonnance valable 3 mois au plus, renouvelable, avec inscription du patient dans un registre.
- Importation par l’État : ces produits ne peuvent être importés que pour le compte du ministère de la Santé, sous l’étroite surveillance de la police.
Les premiers traitements ont été annoncés en septembre 2023 à l’hôpital Victoria de Candos, d’abord pour des patients atteints de sclérose en plaques, avec une huile associant CBD et THC. Ce programme est réservé aux patients suivis dans le système de santé mauricien : il ne s’adresse pas aux touristes.
Réforme 2026 : dépénaliser, décriminaliser ou légaliser ?
Depuis l’arrivée au pouvoir de Navin Ramgoolam fin 2024, la politique des drogues est en chantier. Le National Agency for Drug Control Act 2025 (loi n° 8 de 2025) a créé une agence nationale (NADC) et une commission présidée par le Premier ministre, la National Drug Control Commission. En 2026, la NADC a piloté une révision de la politique du cannabis :
- fin avril à juin 2026 : forums, consultations régionales, puis plateforme de contributions en ligne ouverte jusqu’au 21 juin ;
- plus de 1 800 contributions de la population et des acteurs concernés ;
- 9 septembre 2026 : remise du rapport au Premier ministre.
Le rapport examine trois scénarios. La dépénalisation : l’usage reste interdit mais n’est plus puni de prison. La décriminalisation : la détention pour usage personnel sort du champ pénal. La légalisation encadrée : un accès légal au cannabis, dans un cadre strictement limité et contrôlé. Selon la presse mauricienne, le trafic resterait un crime poursuivi avec la plus grande sévérité, quel que soit le modèle retenu.
Selon RFI, le maintien du « tout répressif » actuel n’est plus envisagé, et le rapport s’est aussi penché sur la culture du chanvre comme activité économique. Son contenu officiel n’a pas encore été rendu public. Le Premier ministre doit d’abord le présenter à la National Drug Control Commission, avant une transmission au Conseil des ministres. Une éventuelle réforme passerait ensuite par une loi votée à l’Assemblée nationale. Au 26 septembre 2026, aucun texte n’a été adopté et le Dangerous Drugs Act s’applique pleinement. Méfie-toi des annonces virales du type « le cannabis est légal à Maurice » : elles circulent régulièrement et sont fausses à ce jour.
Le gandia, une vieille histoire mauricienne
Le vocabulaire de la loi en dit long : gandia, bhang ou siddhi sont des mots venus de l’Inde, d’où est originaire une grande partie de la population mauricienne. L’administration britannique interdit le gandia dès 1840, en invoquant ses excès parmi les travailleurs.
Le sujet reste sensible. En février 1999, le chanteur Kaya, figure du seggae, est arrêté après avoir fumé en public lors d’un concert pour la dépénalisation du cannabis à Rose-Hill. Il meurt en cellule le 21 février, trois jours après son arrestation, et sa mort déclenche des émeutes meurtrières. Son nom revient à chaque débat. Aujourd’hui, des collectifs comme le Kolektif 420, qui a appelé à une marche pacifique à Rose-Hill le 26 avril 2025, militent pour une réforme, tandis que d’autres voix redoutent une hausse de la consommation dans un pays déjà frappé par l’héroïne et les drogues de synthèse.
Île Maurice ou France : ce qui change
| Point | Île Maurice | France |
|---|---|---|
| Cannabis (THC) | Interdit, jusqu’à 2 ans de prison pour un usage | Interdit, amende forfaitaire de 500 € possible pour un usage |
| CBD (moins de 0,3 % de THC) | Interdit, traité comme du cannabis | Légal, fleurs et résines comprises |
| Cannabis médical | Huiles, gélules et sprays à l’hôpital, 4 indications | Accès très limité, dans un cadre médical officiel |
| Culture | Interdite, punie comme du trafic | Interdite pour le cannabis, chanvre agricole autorisé |
| Conduite après usage | Jusqu’à 5 ans de prison | Jusqu’à 3 ans de prison et 9 000 € |
| Réforme | Rapport remis en septembre 2026, loi à venir | Pas de légalisation prévue |
Si tu fais escale ou que tu enchaînes avec La Réunion, c’est la loi française qui s’y applique : le CBD à 0,3 % de THC y est légal, le cannabis non. Mais un produit acheté à Saint-Denis redevient interdit dès que tu atterris à Maurice.
Questions fréquentes
Le CBD est-il légal à l’île Maurice ?
Non. La loi mauricienne ne fixe aucun seuil de THC et considère toutes les parties du chanvre comme du cannabis. Seuls des médicaments à base de cannabis, délivrés à l’hôpital sur décision d’un comité, sont autorisés.
Peut-on acheter du cannabis légalement à l’île Maurice ?
Non. Il n’existe ni coffee shop, ni dispensaire, ni boutique CBD autorisée. L’achat est puni comme la détention, jusqu’à 2 ans de prison et 50 000 roupies d’amende.
Que risque un touriste pris avec un joint à Maurice ?
La même chose qu’un Mauricien : arrestation, garde à vue et poursuites, avec une peine maximale de 2 ans de prison et 50 000 roupies d’amende. Une orientation vers un parcours de soins est possible, mais jamais garantie.
Le cannabis va-t-il être légalisé à l’île Maurice ?
Rien n’est décidé. Un rapport présentant trois options (dépénalisation, décriminalisation, légalisation encadrée) a été remis au Premier ministre le 9 septembre 2026. Il doit encore être examiné par le gouvernement, puis traduit dans une loi.
Le mot de la fin
La réforme de 2026 pourrait adoucir le sort des usagers mauriciens dans les années à venir. Pour un voyageur, la règle ne change pas : ni cannabis ni CBD dans les bagages. Profite des lagons et du Morne, et retrouve ton CBD en rentrant.
Cet article a une visée informative et ne constitue pas un conseil juridique. Informations vérifiées en septembre 2026 ; les lois évoluent, vérifie-les avant chaque départ.


