« Marie-Jeanne » est l’un des surnoms français du cannabis. C’est la francisation de l’américain Mary Jane, lui-même tiré du mot espagnol du Mexique marihuana. L’expression apparaît dans les écrits français au milieu des années 1960, et elle n’a jamais quitté l’argot depuis. Quant à l’origine du mot marihuana, elle reste, encore aujourd’hui, inconnue des linguistes.
Ce prénom devenu surnom traîne pourtant son lot de légendes : une date de naissance en 1943, un mot inventé par la police américaine, une chanson de Joe Dassin qui parlerait de cannabis… Presque tout cela est faux. On a repris l’histoire à la source, dictionnaires historiques, archives de presse et travaux d’historiens, pour démêler le vrai du faux, puis on te présente la plante que les botanistes appellent, eux, la Marie-Jeanne : Cannabis sativa.
L’essentiel en 30 secondes
• Marie-Jeanne vient de Mary Jane, jeu de mots américain sur marihuana.
• Le mot marihuana est mexicain, attesté en 1846, d’origine inconnue.
• « Mary Jane » existe dès 1928 ; « Marie-Jeanne » en français dès 1965.
• La feuille du logo a 7 folioles, la forme la plus fréquente du Cannabis sativa.
Marie-Jeanne, c’est aussi…
Une chanson de Joe Dassin (1967), adaptation d’Ode to Billie Joe de Bobbie Gentry, qui raconte un drame et n’a aucun rapport avec le cannabis. Une chanson de Michel Sardou (1990), la serveuse de Starmania (1979), et une bouteille bordelaise de 2,25 litres. En anglais, les « Mary Jane » sont aussi des chaussures à bride.
Marijuana : un mot mexicain au passé flou
Le dictionnaire de référence de la langue française, le Trésor de la langue française (TLFi), est clair : marijuana vient de l’espagnol du Mexique mariguana ou marihuana, d’origine inconnue, et il est arrivé en français par l’intermédiaire de l’anglais des États-Unis. C’est ce qui explique le « j » de marijuana, une graphie anglaise.
La plus ancienne trace du mot remonte à 1846, dans une pharmacopée mexicaine, la Farmacopea Mexicana. Le Dictionnaire de l’Académie française confirme le trajet : un mot du XXe siècle, « emprunté par l’intermédiaire de l’anglais des États-Unis ». D’où vient-il avant ça ? Plusieurs pistes circulent, mais aucune n’est démontrée.
| Hypothèse | Ce qu’on en sait |
|---|---|
| María + Juana | Deux prénoms espagnols très courants. Les linguistes y voient une étymologie populaire : elle explique Mary Jane et Marie-Jeanne, pas l’origine du mot. |
| Le chinois ma ren hua | Hypothèse fragile : son auteur, Alan Piper, reconnaît lui-même dans les Sino-Platonic Papers qu’on ne sait pas si ce terme a existé. |
| Le nahuatl, langue aztèque | Contestée : le cannabis n’existait pas en Amérique avant l’arrivée des Espagnols, et le linguiste Haugen y voit une simple ressemblance de sons. |
| Une langue d’Angola | Le mot kimbundu mariamba, apporté par les esclaves africains : une piste défendue par le géographe Chris Duvall, sans preuve décisive. |
Conclusion honnête : personne ne sait d’où vient exactement le mot marijuana. Ce qui est sûr, c’est qu’il s’est imposé au Mexique au XIXe siècle avant de gagner les États-Unis, puis le reste du monde.

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De Mary Jane à Marie-Jeanne : le voyage d’un mot
Le surnom anglais Mary Jane apparaît dans la presse bien plus tôt qu’on ne le dit souvent. En 1928, le Daily Express présente déjà une « drogue mexicaine » que l’on surnomme familièrement Mary Jane, selon le Green’s Dictionary of Slang, la référence de l’argot anglais. En français, le plus ancien exemple relevé par le TLFi date de 1965, dans Les Drogues du bonheur de J.-M. Gerbault : « un bien joli nom espagnol : Marijuana, la Marie-Jeanne ». Le mot entre ensuite dans les dictionnaires ; Larousse le classe aujourd’hui comme un nom féminin familier et invariable.
| Date | Étape |
|---|---|
| 1846 | « Mariguana » dans une pharmacopée mexicaine |
| 1894 | « Mariguan » apparaît en anglais |
| 1918 | La graphie « marijuana » s’installe en anglais |
| 1928 | « Mary Jane » dans la presse anglaise |
| 1933 | « Marihuana » entre dans un texte français |
| 1937 | Les États-Unis taxent la « marihuana » |
| 1965 | Premier exemple connu de « Marie-Jeanne » en français |
| 1972 | Nino Ferrer cite la Marie-Jeanne dans sa chanson « Cannabis » |
La chanson de Nino Ferrer, enregistrée en 1971 et sortie l’année suivante, est le plus ancien usage en chanson que l’on puisse vérifier. À partir des années 1990, l’expression devient nettement plus fréquente dans les livres.
Pourquoi un prénom ? Comme beaucoup de mots d’argot, ces surnoms servent d’abord à parler de la plante sans la nommer. Donner un prénom féminin et familier à une drogue, c’est aussi la rendre plus anodine, presque affectueuse. Mary Jane en anglais, Marie-Jeanne en français : la recette a traversé l’Atlantique sans changer.
Années 1930 : ce qui est sûr, ce qui est débattu
Ce qui est établi
- Le 2 août 1937, les États-Unis adoptent le Marihuana Tax Act, qui encadre et taxe le commerce de la plante.
- La loi est portée par Harry Anslinger, qui dirige le bureau fédéral des stupéfiants de 1930 à 1962, tient des propos ouvertement racistes et préfère le mot « marihuana » à « cannabis ».
- Le texte est en partie invalidé par la Cour suprême en 1969, puis abrogé en 1970.
Ce qui est débattu
- On lit partout que le mot aurait été choisi exprès pour associer la plante aux immigrés mexicains. La radio publique américaine NPR rapporte cette thèse avec prudence, en rappelant qu’on ne sait même pas comment le mot est né.
- L’historien Isaac Campos, spécialiste du Mexique, a montré que la réputation de « plante qui rend fou » venait d’abord du Mexique, qui l’a interdite dès 1920. Les États-Unis n’auraient fait qu’importer ce discours.
La plante derrière le surnom
Pour les botanistes, la Marie-Jeanne s’appelle Cannabis sativa L., décrite par Linné en 1753, et appartient à la famille des Cannabaceae, celle du houblon. Le chanvre industriel et le cannabis récréatif sont la même espèce : ce qui les sépare, c’est le taux de THC, la molécule psychoactive. Le chanvre est cultivé depuis des siècles pour ses fibres, qui ont servi aux cordages, aux voiles et au papier, et pour ses graines ; la France reste aujourd’hui l’un des premiers producteurs européens.
En France, une plante dont le taux de THC ne dépasse pas 0,30 % relève du chanvre légal, selon l’arrêté du 30 décembre 2021 ; au-delà, c’est un stupéfiant. Pour comparer, l’herbe saisie par les autorités contient en moyenne 14 % de THC selon l’OFDT.
| Chanvre (CBD) | Cannabis « stupéfiant » | |
|---|---|---|
| Espèce | Cannabis sativa | Cannabis sativa |
| Taux de THC | 0,30 % au maximum | 14 % en moyenne pour l’herbe saisie (OFDT) |
| Statut en France | Légal | Interdit |
| Usages | Fibres, graines, fleurs au CBD | Usage récréatif, prohibé |
Même légal, le CBD peut rendre un test salivaire positif : on fait le point dans notre article sur le CBD au volant.
La feuille de Marie-Jeanne : pourquoi 7 folioles ?
La feuille de cannabis est dite composée palmée : plusieurs folioles dentées partent d’un même point, comme les doigts d’une main. Les toutes premières feuilles n’en ont qu’une, puis leur nombre augmente jusqu’à treize environ.
Pourquoi le symbole en montre-t-il sept ? Une étude de référence du botaniste Anderson, publiée en 1980 dans les Botanical Museum Leaflets de l’université Harvard, a compté les folioles sur 377 échantillons et relevé le nombre le plus fréquent selon le type de plante :
| Type de cannabis | Nombre de folioles le plus fréquent |
|---|---|
| Cannabis sativa | 7 |
| Cannabis indica | 9 |
| Cannabis ruderalis | 5 |
Le logo n’a donc rien de mystique : il reprend simplement la feuille la plus courante du Cannabis sativa.
Beuh, ganja, kif : les autres surnoms du cannabis
| Surnom | D’où il vient |
|---|---|
| Herbe | Déjà employé par Baudelaire en 1860 pour parler du haschisch |
| Beuh | Le verlan d’« herbe », raccourci |
| Weed | « Mauvaise herbe » en anglais ; sens de cannabis dans les années 1920 |
| Ganja | Du hindi, issu du sanskrit, où il désigne le chanvre |
| Haschich | De l’arabe, « herbe » ; attesté en français dès 1556 |
| Kif | De l’arabe, « bien-être » |
| Shit, teuchi | Faux anglicisme pour la résine, et son verlan : voir notre article sur la barrette de shit |
| Chichon | Le verlan de haschich |
| Zamal | À La Réunion, du malgache : voir notre fiche sur le zamal |

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Vrai ou faux : les idées reçues sur Marie-Jeanne
| Idée reçue | Verdict |
|---|---|
| « Mary Jane » apparaît pour la première fois en 1943. | Faux. Le surnom figure déjà dans la presse anglaise en 1928. |
| Anslinger a inventé le mot marijuana. | Faux. Le mot existe au Mexique dès 1846. |
| Marijuana vient des prénoms María et Juana. | Non prouvé. C’est une étymologie populaire, qui explique Mary Jane mais pas le mot lui-même. |
| La Marie-Jeanne de Joe Dassin parle de cannabis. | Faux. La chanson raconte un drame, sans aucun lien avec le cannabis. |
| Chanvre et cannabis sont deux plantes différentes. | Faux. C’est la même espèce ; seule la teneur en THC les distingue. |
Marie-Jeanne : les questions fréquentes
Pourquoi appelle-t-on le cannabis Marie-Jeanne ?
C’est la francisation de l’américain Mary Jane, un jeu de mots sur marihuana, le nom mexicain de la plante. L’expression apparaît en français au milieu des années 1960.
Quelle est l’origine du mot marijuana ?
Un mot espagnol du Mexique, attesté en 1846, dont l’origine exacte reste inconnue. Il est passé en français par l’anglais des États-Unis.
Quelle différence entre cannabis, marijuana et haschich ?
Cannabis désigne la plante. Marijuana (ou herbe) désigne ses fleurs séchées, et haschich (ou shit) la résine extraite de la plante.
Chanvre et cannabis, est-ce la même plante ?
Oui, c’est la même espèce, Cannabis sativa. En France, la loi les distingue par le taux de THC : 0,30 % au maximum pour le chanvre légal.
Combien de folioles a une feuille de cannabis ?
De une à treize environ selon l’âge de la feuille. Sept est le nombre le plus fréquent chez le cannabis sativa, d’où le symbole.
La chanson Marie-Jeanne de Joe Dassin parle-t-elle de cannabis ?
Non. Sortie en 1967, c’est l’adaptation d’Ode to Billie Joe, une chanson américaine qui raconte un drame.
Le mot de la fin
Derrière « Marie-Jeanne », il y a un mot mexicain dont personne ne connaît l’origine, un surnom américain des années 1920 et une francisation des années 1960. Il y a aussi pas mal de légendes, de la fausse date de 1943 à la chanson de Joe Dassin. La plante, elle, n’a pas changé : Cannabis sativa, avec sa feuille à sept folioles, légale en France sous forme de chanvre tant que son taux de THC ne dépasse pas 0,30 %.
Cet article a une visée informative. Jungle Kush ne vend que des produits au CBD conformes à la réglementation française et n’encourage pas la consommation de cannabis contenant du THC, interdite en France.


