Non, le cannabis n’est pas légal en Inde. La loi fédérale sur les stupéfiants, le Narcotic Drugs and Psychotropic Substances Act de 1985 (dite loi NDPS), interdit de cultiver, posséder, acheter, vendre, transporter ou consommer du ganja (les fleurs) et du charas (la résine). Même une petite quantité peut valoir jusqu’à un an de prison. Seule exception réelle : le bhang, préparation à base de feuilles, toléré ou vendu sous licence dans plusieurs États.
Ce paradoxe surprend beaucoup de voyageurs. Le cannabis pousse à l’état sauvage dans l’Himalaya, le bhang se boit en public pendant la fête de Holi, des sadhus fument le chillum à Varanasi, et pourtant la police indienne applique une loi très sévère, avec des procédures longues et une détention souvent prolongée pendant l’enquête.
Voici ce que dit exactement la loi indienne en 2026, pourquoi le bhang y échappe, ce qu’il en est du CBD, ce que risque un touriste et ce qui bouge du côté de l’Himachal Pradesh, qui ouvre la voie au chanvre et au cannabis médical.
L’essentiel en 30 secondes
• Cannabis : interdit par la loi NDPS de 1985 ; jusqu’à 1 an de prison pour moins de 1 kg de ganja ou 100 g de charas, 10 à 20 ans au-delà de 20 kg de ganja ou 1 kg de charas.
• CBD : aucune règle nationale claire ; seuls des produits ayurvédiques à base de feuilles et un médicament au CBD de synthèse sur ordonnance ont un cadre.
• Touriste : consommer seulement est puni de 6 mois de prison maximum ; la cigarette électronique est aussi interdite depuis 2019.
• Particularité : le bhang (feuilles) échappe à la loi fédérale, mais certains États, comme l’Assam, l’interdisent.
Que dit la loi en Inde en 2026 ?
Le texte de référence reste la loi NDPS du 16 septembre 1985, modifiée notamment en 1989, 2001 et 2014. Elle définit le « cannabis » de façon précise, et c’est cette définition qui explique tout le reste :
- le charas : la résine séparée de la plante, brute ou purifiée, y compris les préparations concentrées et l’huile de haschich ;
- le ganja : les sommités fleuries ou fructifères de la plante, à l’exclusion des graines et des feuilles lorsqu’elles ne sont pas accompagnées des sommités ;
- tout mélange de ces formes, et toute boisson préparée à partir d’elles.
L’article 20 de la loi punit la culture, la production, la détention, la vente, l’achat, le transport et l’usage de ce cannabis. Les peines dépendent de la quantité saisie, selon des seuils fixés par un arrêté fédéral de 2001 :
| Infraction | Quantité | Peine prévue par la loi NDPS |
|---|---|---|
| Détention, achat, vente, transport (art. 20) | « Petite quantité » : moins de 1 kg de ganja ou 100 g de charas | Jusqu’à 1 an de prison et/ou 10 000 roupies d’amende (environ 100 €) |
| Détention, achat, vente, transport (art. 20) | Entre la petite quantité et la quantité commerciale | Jusqu’à 10 ans de prison et jusqu’à 100 000 roupies d’amende |
| Détention, achat, vente, transport (art. 20) | « Quantité commerciale » : plus de 20 kg de ganja ou plus de 1 kg de charas | 10 à 20 ans de prison et 100 000 à 200 000 roupies d’amende (au-delà sur décision motivée) |
| Culture de la plante (art. 20) | Toute quantité | Jusqu’à 10 ans de prison et jusqu’à 100 000 roupies d’amende |
| Consommation seule (art. 27) | Toute quantité | Jusqu’à 6 mois de prison et/ou 10 000 roupies d’amende |
| Importation en Inde (art. 23) | Mêmes seuils | Mêmes paliers : 1 an, 10 ans, puis 10 à 20 ans |
Pour les récidivistes, l’article 31 relève le maximum des peines de moitié. L’article 31A autorise même la peine de mort lorsqu’une personne déjà condamnée pour trafic d’une quantité commerciale est de nouveau condamnée pour des faits portant sur au moins 20 kg de haschich. Depuis la réforme de 2014, le juge peut choisir entre cette peine et la réclusion aggravée : ce n’est plus automatique. Les montants en euros sont des ordres de grandeur (environ 100 roupies pour 1 €).
Le bhang, l’exception tolérée
Puisque la loi NDPS exclut les feuilles et les graines, le bhang, pâte ou boisson préparée à partir des feuilles, n’est pas visé par la loi fédérale. La Haute Cour du Karnataka l’a rappelé en août 2022 : le bhang n’est pas prohibé par la loi NDPS. Ce compromis remonte aux négociations de la Convention unique de l’ONU de 1961, où l’Inde a obtenu que les feuilles restent hors du champ du « cannabis ».
Dans les faits, tout dépend de l’État, car la loi NDPS (article 10) laisse aux États le soin de réglementer le cannabis autre que le charas :
- Uttar Pradesh : boutiques de bhang sous licence d’État, très fréquentées à Varanasi et à Mathura lors de Holi ;
- Rajasthan : on y trouve des boutiques de bhang, par exemple à Jaisalmer ;
- Gujarat : le bhang a été retiré en février 2017 de la liste des produits interdits par la loi de prohibition de l’État ;
- Maharashtra (Mumbai) : fabrication, détention et consommation soumises à licence par le Bombay Prohibition Act de 1949 ;
- Assam : ganja et bhang interdits par une loi de 1958.
Le bhang se consomme surtout lors de Holi, la fête des couleurs, et de Maha Shivaratri, en l’honneur de Shiva, souvent mélangé à du lait et des épices dans le thandai ou le bhang lassi. Attention : un bhang préparé avec des sommités fleuries n’est plus du bhang au sens de la loi, mais du ganja.
Et le CBD en Inde ?
La loi NDPS ne mentionne pas le CBD, et l’Inde n’a pas fixé de seuil national de THC pour les produits de consommation courante. Le seuil de 0,3 % de THC apparaît surtout dans les programmes de culture de chanvre des États, comme le projet pilote de l’Himachal Pradesh.
Deux cadres existent malgré tout :
- les produits ayurvédiques à base de feuilles de chanvre (la plante porte le nom de vijaya dans l’Ayurveda) : ils relèvent de la loi sur les médicaments et cosmétiques de 1940 et se vendent sous licence, en principe sur prescription d’un praticien ayurvédique ;
- le médicament : selon la presse spécialisée (août 2026), l’autorité fédérale du médicament (CDSCO) a approuvé une solution buvable de CBD de synthèse, délivrée sur ordonnance d’un psychiatre.
En revanche, une fleur de CBD reste juridiquement une sommité fleurie, donc du ganja au sens de la loi, et un extrait tiré des fleurs peut être assimilé à une « préparation concentrée », donc à du charas. Rien ne garantit qu’un policier ou un douanier fera la différence avec du cannabis classique, et un test rapide ne mesure pas le taux de THC.
Si le CBD fait partie de votre quotidien en France, où il est légal sous conditions (voir notre guide de la loi CBD en France), le plus sûr est de le laisser à la maison et de le retrouver au retour.

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Ce que risque un touriste
Un étranger est soumis à la même loi qu’un Indien, avec des difficultés en plus. Le Canada, dans ses conseils aux voyageurs mis à jour le 24 septembre 2026, rappelle que la possession, l’usage et le trafic de stupéfiants sont sévèrement punis et que la détention pendant l’enquête peut être longue. La Belgique souligne de son côté que la coopération judiciaire avec l’Inde est limitée.
Plusieurs règles de la loi NDPS pèsent lourd pour un voyageur :
- toutes les infractions permettent l’arrestation sans mandat (art. 37), et la liberté sous caution devient très difficile dès qu’une quantité commerciale est en jeu ;
- la charge de la preuve est inversée : le tribunal présume que la personne savait ce qu’elle détenait, à elle de prouver le contraire (art. 35 et 54) ;
- hors simple usage, la loi exclut toute remise ou commutation de peine (art. 32A) ;
- entrer en Inde avec du cannabis, même en petite quantité, relève de l’importation (art. 23), punie selon les mêmes paliers que la détention.
Deux autres interdits surprennent souvent. La cigarette électronique est interdite en Inde depuis septembre 2019 : importer, détenir ou utiliser une vapoteuse ou ses recharges est illégal, ce qui vaut aussi pour les vapes au CBD. Et l’alcool est encadré État par État, avec des interdictions ponctuelles pendant les fêtes religieuses ou les élections.
Les lieux réputés pour le charas, comme la vallée de Parvati (Kasol, Malana) dans l’Himachal Pradesh, ou les fêtes de Goa, ne sont pas des zones de tolérance : la police y mène des contrôles et des campagnes régulières de destruction de plants. Avant de partir, consultez aussi notre guide pour voyager avec du CBD en avion.
Chanvre et cannabis médical : ce qui bouge en 2025-2026
La loi NDPS n’a pas changé sur le fond, mais son article 14 permet d’autoriser la culture du chanvre pour la fibre, les graines ou l’horticulture, et plusieurs États s’en servent :
- Uttarakhand : premier État à autoriser la culture industrielle, dès novembre 2015 ;
- Madhya Pradesh et Jammu-et-Cachemire : culture contrôlée autorisée à des fins médicales et industrielles ;
- Himachal Pradesh : projet pilote validé le 24 janvier 2025 avec deux universités agricoles (Palampur et Nauni) et un plafond de 0,3 % de THC, puis un arrêté d’État du 22 juillet 2026 sur la culture à usage médical et industriel, assoupli fin août 2026. En septembre 2026, les agriculteurs peuvent demander un permis de culture de chanvre.
Au niveau fédéral, un financement du ministère de l’Agriculture, rendu public en mars 2026, soutient le programme de sélection de semences de chanvre et de cannabis pharmaceutique d’une entreprise de Bhubaneswar : le premier financement public connu de ce type depuis l’adoption de la loi de 1985. Aucune de ces avancées ne touche l’usage récréatif : le charas reste exclu des projets de l’Himachal, et fumer du cannabis reste un délit partout en Inde.

Du cannabis sacré à la loi de 1985
Le cannabis est cité depuis des siècles dans les textes indiens, notamment les traités ayurvédiques qui le nomment vijaya, « le victorieux ». Il est associé à Shiva, et le bhang fait partie des offrandes et des fêtes religieuses.
Sous l’Empire britannique, la commission sur les drogues du chanvre indien (1893-1894) conclut, après une vaste enquête, que l’usage modéré ne cause pas de dommages notables, et le cannabis n’est pas interdit. Tout change avec la Convention unique de l’ONU de 1961 : l’Inde obtient un délai de 25 ans pour mettre fin à l’usage non médical, puis adopte la loi NDPS en 1985, peu avant la fin de ce délai. En décembre 2020, elle a voté à l’ONU pour retirer le cannabis du tableau des drogues les plus dangereuses, sans changer sa propre loi.
Inde ou France : ce qui change
| Inde | France | |
|---|---|---|
| Cannabis (fleurs, résine) | Interdit (loi NDPS de 1985) | Interdit |
| Simple usage | Jusqu’à 6 mois de prison et/ou 10 000 roupies | Délit ; amende forfaitaire de 500 € (loi du 18 août 2026) |
| Feuilles (bhang) | Hors loi fédérale, réglementé ou interdit selon l’État | Pas d’exception |
| Fleurs de CBD | Assimilables à du ganja, aucun cadre | Légales à 0,3 % de THC maximum |
| Produits au CBD dans les bagages | Déconseillés : risque de poursuite pour importation | Légaux sur le territoire s’ils sont conformes |
Le mot de la fin
L’Inde tolère le bhang pour des raisons religieuses et culturelles, pas le cannabis. Pour un voyageur, la règle est simple : pas de ganja, pas de charas, pas de vapoteuse, et le CBD reste en France. Si vous poursuivez votre route au Népal ou en Thaïlande, les règles changent d’un pays à l’autre, et pas toujours dans le sens attendu.
Cet article a une visée informative et ne constitue pas un conseil juridique. Informations vérifiées en septembre 2026 ; les lois évoluent, vérifiez-les avant chaque départ.


