Le 10-OH-HHC (10-hydroxy-hexahydrocannabinol) est un cannabinoïde semi-synthétique arrivé sur le marché européen fin 2024, présenté par ses revendeurs comme « l’héritier légal » du HHC classé stupéfiant depuis le 13 juin 2023. C’est un métabolite majoritaire du HHC produit par le foie humain après consommation, qu’il est aussi possible d’obtenir en laboratoire à partir du CBD de chanvre. Il n’est pas inscrit nommément sur la liste française des stupéfiants, mais son statut n’est pas pour autant acquis.
Au 1er octobre 2026, le cadre réglementaire français s’est resserré autour des cannabinoïdes de synthèse et d’hémisynthèse : clause de famille « benzo[c]chromène » instaurée par la décision ANSM du 3 juin 2024, puis rédaction générique sur « les tétrahydrocannabinols, leurs variantes stéréochimiques, isomères, éthers et esters » reprécisée par la décision ANSM du 6 février 2026 (liste consolidée publiée le 16 février 2026). En lecture stricte, ces deux textes semblent couvrir le 10-OH-HHC — qui conserve le noyau tricyclique benzo[c]chromène, et dont la structure dérive d’un tétrahydrocannabinol réduit. L’affaire se joue entre une absence de classement nominatif et une couverture générique probable. fr.
L’essentiel
- Statut en France au 01/10/2026 : zone grise sombre. Pas de classement nominatif sur la liste des stupéfiants, mais couverture générique très probable par la clause de famille benzo[c]chromène (ANSM, 03/06/2024) et la rédaction sur les isomères, éthers et esters des tétrahydrocannabinols (ANSM, 06/02/2026). Au mieux incertain, et très probablement interdit de facto.
- Base juridique : aucun arrêté ni décision nommant explicitement le 10-OH-HHC. L’exclusion éventuelle repose sur une interprétation administrative orale non consolidée (octobre 2024), non publiée sur ansm.sante.fr.
- Chimie : métabolite hydroxylé du HHC en position 10 (deux stéréoisomères 10R et 10S), produit par hydroxylation hépatique via CYP2C9 / CYP3A4, ou par voie semi-synthétique à partir du CBD de chanvre.
- Risque pénal en cas de poursuite : si le juge retient la qualification stupéfiant par couverture générique, art. 222-37 CP (jusqu’à 10 ans et 7 500 000 €), 222-39 CP, L. 3421-4 et L. 3421-1 CSP.
- Recours UPCBD au Conseil d’État : procédures 2024-2025 contre les décisions ANSM par famille structurale ; aucune décision au fond au 01/10/2026.
- Alternative conforme : fleurs et résines à base de variétés de chanvre inscrites au catalogue européen, THC total équivalent inférieur à 0,3 %.
Qu’est-ce que le 10-OH-HHC ?
Le 10-OH-HHC, ou 10-hydroxy-hexahydrocannabinol, est le principal métabolite du HHC chez l’être humain. Lorsqu’un consommateur ingère ou inhale du HHC, les enzymes hépatiques du cytochrome P450 — principalement CYP2C9 et CYP3A4 — hydroxylent la molécule en position 10 du cycle cyclohexyle saturé. Deux stéréoisomères coexistent : le 10R-OH-HHC et le 10S-OH-HHC, aux affinités CB1 inégales.
La molécule parente, le HHC, est un cannabinoïde semi-synthétique obtenu par hydrogénation catalytique du Δ9-THC, classé stupéfiant par décision ANSM du 12 juin 2023 aux côtés du HHC-O et du HHCP. Le 10-OH-HHC conserve l’intégralité du squelette tricyclique de la molécule mère : seul le substituant en C10 (hydroxyle -OH) remplace l’hydrogène du HHC. D’un point de vue structural, le noyau benzo[c]chromène reste intact ; l’hydroxylation porte sur le cycle cyclohexyle saturé, pas sur le squelette aromatique. Les études pharmacologiques pointent une activité agoniste CB1 réduite par rapport au HHC parent, variable selon le stéréoisomère.
Comment le 10-OH-HHC est fabriqué
Deux voies d’apparition coexistent. La voie métabolique endogène est involontaire : toute personne qui consomme du HHC en produit dans son foie, sans valeur commerciale.
La voie semi-synthétique industrielle part le plus souvent du CBD de chanvre, cyclisé en Δ8-THC ou Δ9-THC par un acide de Lewis, hydrogéné en HHC, puis hydroxylé en position 10 par oxydation sélective (dioxyde de sélénium, ou procédés enzymatiques récents). Les lots commercialisés en Europe depuis fin 2024 sont, dans leur quasi-totalité, issus de cette filière. L’enchaînement multi-étapes expose à des sous-produits documentés dans les saisies de néo-cannabinoïdes : impuretés, isomères secondaires, résidus de catalyseurs et de solvants, taux variables de THC résiduel.
Statut légal en France au 1er octobre 2026
Absence de classement nominatif
Au 1er octobre 2026, aucun arrêté ni aucune décision ANSM n’inscrit nommément le 10-OH-HHC à l’annexe IV de l’arrêté du 22 février 1990 fixant la liste des stupéfiants. Les décisions ANSM qui modifient cette liste depuis 2016 — compétence confiée par la loi n° 2016-41 du 26 janvier 2016 — ne sont pas publiées sous un numéro JORFTEXT propre : elles amendent directement l’annexe IV. La source officielle à citer est ansm.sante.fr, pas Légifrance.
Clause de famille benzo[c]chromène (ANSM, 3 juin 2024)
Par décision du 22 mai 2024, modifiée le 3 juin 2024, l’ANSM a généralisé le classement à l’ensemble des cannabinoïdes de synthèse ou d’hémisynthèse bâtis sur le noyau tricyclique benzo[c]chromène, hors CBN, CBNA et traces résiduelles de chanvre industriel. En lecture stricte, le 10-OH-HHC entre dans cette rédaction : il conserve le squelette benzo[c]chromène de son parent HHC, l’hydroxylation en C10 ne touche ni au noyau aromatique ni au pyrane, mais le cycle cyclohexyle saturé.
Rédaction générique sur les tétrahydrocannabinols (ANSM, 6 février 2026)
La décision ANSM du 6 février 2026 (liste consolidée 16 février 2026) reprécise la rédaction historique de l’arrêté du 22 février 1990 : « les tétrahydrocannabinols, leurs variantes stéréochimiques, isomères, éthers et esters ». Le 10-OH-HHC n’est pas un tétrahydrocannabinol stricto sensu — c’est un hexahydrocannabinol hydroxylé — mais son positionnement comme analogue hydroxylé d’une molécule issue des THC réduits l’expose à une qualification par couverture générique en cas de poursuite.
L’« interprétation administrative orale » alléguée
Plusieurs médias spécialisés et revendeurs ont rapporté, à partir d’octobre 2024, une clarification communiquée oralement par des services de l’ANSM, selon laquelle la substitution en C10 produirait une structure « suffisamment distincte » du HHC pour échapper au classement du 12 juin 2023. Cette lecture n’a jamais été publiée sur ansm.sante.fr, ni consolidée dans un communiqué officiel, ni confirmée par écrit. Elle ne constitue pas une position administrative opposable et ne lie ni le juge pénal, ni la DGCCRF, ni les douanes.
Recours au Conseil d’État
L’Union des professionnels du CBD (UPCBD) et plusieurs sociétés ont déposé en 2024-2025 des recours contre certaines décisions ANSM, en particulier celle du 3 juin 2024 et le classement du H4CBD / H2CBD. Au 1er octobre 2026, aucune décision au fond n’a été rendue publique. Les décisions attaquées restent pleinement en vigueur ; une annulation éventuelle de la clause de famille pourrait modifier la lecture du statut du 10-OH-HHC, mais c’est une hypothèse, pas une donnée du droit positif.
Lecture d’ensemble : zone grise sombre et principe de précaution
En synthèse : le 10-OH-HHC n’est pas classé nommément, mais il est très probablement couvert à titre générique par deux rédactions concordantes (benzo[c]chromène, puis isomères et dérivés des tétrahydrocannabinols). L’exclusion éventuelle repose sur une interprétation administrative orale non consolidée. Cette configuration ne permet ni d’affirmer la licéité, ni d’affirmer l’interdiction explicite : au mieux incertain, et très probablement interdit de facto dès lors qu’une autorité choisirait de poursuivre. Le principe de précaution est, en l’état, le seul guide de conduite tenable. C’est la position retenue chez junglekush.fr.
Cadre pénal applicable en cas de poursuite
Si un juge retient la qualification stupéfiant par couverture générique, les textes applicables sont les suivants.
- Art. 222-37 CP — production, transport, détention, offre, cession, acquisition, importation ou exportation illicites : jusqu’à 10 ans d’emprisonnement et 7 500 000 € d’amende ; 30 ans de réclusion criminelle en bande organisée (Légifrance).
- Art. 222-39 CP — cession ou offre pour consommation personnelle : 5 ans et 75 000 €.
- Art. L. 3421-4 CSP — provocation à l’usage ou au trafic, y compris « par la présentation sous un jour favorable » : 5 ans et 75 000 €. Cet article vise expressément les contenus web.
- Art. L. 3421-1 CSP — usage illicite : 1 an et 3 750 € (amende forfaitaire délictuelle de 200 € en pratique).
- Art. L. 235-1 Code de la route — conduite après usage de stupéfiants : jusqu’à 2 ans d’emprisonnement, 4 500 €, suspension ou annulation du permis.
Un contrôle DGCCRF ou douanier peut amorcer la qualification pénale sans attendre une décision au fond. Les personnes morales encourent une responsabilité propre (art. 121-2 CP) : fermeture administrative, saisie du stock, blocage des moyens de paiement. Si un classement nominatif intervenait, les stocks existants deviendraient aussitôt stupéfiants, sans disposition transitoire.
Statut en Europe
Le 10-OH-HHC apparaît en catégorie « HHC and related substances » dans l’Early Warning System de l’EUDA (ex-EMCDDA) depuis 2024, et le European Drug Report 2026 le classe parmi les hémisynthétiques « successeurs » du HHC. Aucun État membre ne l’a inscrit nominativement ; l’Allemagne l’a probablement capté via la clause d’analogue structurel ajoutée par la 6e modification du NpSG du 2 décembre 2025.
Sur le volet alimentaire, le 10-OH-HHC n’a pas d’autorisation Novel Food au titre du règlement UE 2015/2283. Cannabinoïde semi-synthétique sans historique de consommation significatif avant mai 1997, il est Novel Food par défaut : toute mise sur le marché alimentaire (gummies, boissons, huiles sublinguales) est non conforme en l’absence d’autorisation, qui n’a jamais été déposée. Un contrôle DGCCRF peut aboutir à une saisie immédiate sur ce fondement, indépendamment du débat sur la qualification stupéfiant.
Effets rapportés et risques documentés
Le 10-OH-HHC se comporte comme un agoniste partiel des récepteurs CB1, avec une affinité réduite par rapport au HHC parent et une variabilité importante entre stéréoisomères (10R, 10S). Les études in vitro restent préliminaires ; aucun essai clinique humain n’est publié au 1er octobre 2026.
Les signalements CEIP-A sur les « successeurs » du HHC convergent avec ceux documentés sur le HHC dans le rapport d’addictovigilance ANSM 2024 :
- Tachycardie, hypertension transitoire, hypotension orthostatique, pertes de connaissance.
- Crises d’angoisse aiguës, décompensations psychiatriques chez les sujets vulnérables.
- Nausées, vomissements, somnolence profonde.
- Dépendance psychologique de type cannabinique.
- Interactions médicamenteuses via l’inhibition partielle de CYP2C9 et CYP3A4.
Les analyses de produits saisis depuis fin 2024 relèvent une variabilité de concentration extrême, des résidus de catalyseurs et de solvants, et des taux de THC résiduel supérieurs aux seuils dans plusieurs lots. Les données toxicologiques à long terme chez l’homme sont inexistantes.
Et aujourd’hui ?
- Qualification pénale potentielle. La lecture stricte des rédactions génériques ANSM 2024 et 2026 expose la molécule à une qualification stupéfiant par couverture de famille, sans classement nominatif préalable nécessaire pour déclencher les articles 222-37 et 222-39 CP.
- Risque éditorial. Toute description valorisante ou facilitant l’accès à un revendeur tiers relève de la provocation à l’usage (L. 3421-4 CSP). Cette fiche a volontairement un angle encyclopédique et juridique, sans dosage ni source d’approvisionnement.
- Risque DGCCRF / douanes. Novel Food non autorisé : saisie possible sur tout produit alimentaire relevant du 10-OH-HHC, indépendamment du débat stupéfiant.
- Absence de garanties qualité. Procédés semi-synthétiques multi-étapes, sous-produits documentés, données toxicologiques long terme inexistantes.
Le socle à base de chanvre dont la licéité est stable reste connu : fleurs et résines issues de variétés inscrites au catalogue européen, THC total équivalent (Δ9-THC + 0,877 × THCA) inférieur à 0,3 %, certificats d’analyse à disposition. Catégorie dont le Conseil d’État a confirmé la licéité par sa décision n° 444887 du 29 décembre 2022.
Questions fréquentes
Le 10-OH-HHC est-il légal en France en 2026 ?
Il n’est pas inscrit nommément sur la liste des stupéfiants au 1er octobre 2026, mais il est très probablement couvert à titre générique par la clause benzo[c]chromène (ANSM, 03/06/2024) et par la rédaction sur les isomères, éthers et esters des tétrahydrocannabinols (ANSM, 06/02/2026). L’exclusion éventuelle repose sur une interprétation administrative orale non consolidée. Statut au mieux incertain, et très probablement interdit de facto.
En quoi diffère-t-il du HHC ?
C’est un métabolite hydroxylé du HHC en position 10 du cycle cyclohexyle saturé. Il conserve l’intégralité du noyau tricyclique benzo[c]chromène, seul le substituant en C10 (-OH) remplace l’hydrogène. Il est produit soit par le foie après consommation de HHC, soit par voie semi-synthétique industrielle à partir du CBD.
Un contrôle salivaire le détecte-t-il ?
La structure est suffisamment proche du THC et de ses métabolites hydroxylés pour qu’un test salivaire aux stupéfiants puisse donner un résultat positif. En cas de positivité au volant, l’article L. 235-1 du Code de la route s’applique indépendamment du débat sur la qualification stupéfiant.


