Le HHCP, ou hexahydrocannabiphorol, est apparu sur le marché européen fin 2022, dans la vague des cannabinoïdes semi-synthétiques présentés comme « les plus puissants jamais commercialisés ». Analogue direct du HHC avec une chaîne alkyle allongée, il a été popularisé en vape et en huiles. Les autorités sanitaires françaises ont réagi vite : par décision du 12 juin 2023, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) l’a inscrit à la liste des stupéfiants, aux côtés du HHC et de l’HHC-O. L’interdiction est entrée en vigueur le 13 juin 2023.
Au 1er octobre 2026, le statut est inchangé. Deux décisions ANSM postérieures — celle du 3 juin 2024 (clause « famille benzo[c]chromène ») et celle du 6 février 2026 (rédaction générique sur les isomères et dérivés) — ont même verrouillé la position en couvrant les analogues apparentés. Cette fiche fait le point sur la chimie, les motifs de classement, le cadre pénal applicable et la position européenne.
L’essentiel
- Statut en France (01/10/2026) : classé stupéfiant, interdit à la vente, à la détention et à l’usage.
- Base juridique : décision ANSM du 12 juin 2023, annexe IV de l’arrêté du 22 février 1990 — même décision que le HHC et l’HHC-O. Entrée en vigueur 13 juin 2023.
- Renforcement : clause « famille benzo[c]chromène » (ANSM, 3 juin 2024) et rédaction générique sur isomères, éthers et esters (ANSM, 6 février 2026).
- Risque pénal : jusqu’à 10 ans et 7 500 000 € pour la vente (art. 222-37 CP) ; 5 ans et 75 000 € pour la provocation à l’usage (L. 3421-4 CSP, qui vise les contenus web).
- Statut UE : contrôlé dans la majorité des États membres ; non autorisé en Novel Food.
- Alternative conforme : fleurs et résines de chanvre européen, sous seuil 0,3 % de THC total équivalent.
Qu’est-ce que le HHCP ?
Le HHCP — hexahydrocannabiphorol, parfois noté HHC-P — appartient à la famille des cannabinoïdes semi-synthétiques. Son nom se décompose : « hexahydro » renvoie à la saturation par hydrogénation catalytique de la double liaison 9,10 ; « cannabiphorol » désigne une chaîne alkyle de sept atomes de carbone (heptyle) en position 3, contre cinq (pentyle) pour les cannabinoïdes de référence comme le THC ou le CBD. Le HHCP est au HHC ce que le THCP est au THC : les deux « phorols » partagent l’allongement de la chaîne alkyle sur le noyau benzo[c]chromène. Cette modification augmente considérablement l’affinité pour le récepteur CB1 — les premières études in vitro évoquaient un ordre de grandeur supérieur à celui du THC — sans que la correspondance in vivo chez l’humain ait été rigoureusement établie, faute d’études cliniques publiées.
Industriellement, le HHCP n’est pas extrait du chanvre : il est obtenu par semi-synthèse à partir du CBD, via une isomérisation acide (allongement de la chaîne alkyle à partir d’un précurseur heptyle) suivie d’une hydrogénation catalytique sous pression (palladium, platine). Chaque étape introduit des sous-produits (impuretés catalytiques, isomères secondaires, résidus de solvants), et l’absence de normes standardisées rend chaque lot potentiellement différent.
Statut légal en France au 1er octobre 2026
Le HHCP est classé stupéfiant en France depuis le 13 juin 2023. Son classement résulte de trois textes qui se superposent et se renforcent.
Décision ANSM du 12 juin 2023
Décision fondatrice. Prise sur le fondement de l’article L. 5132-7 du Code de la santé publique — qui attribue au Directeur général de l’ANSM le pouvoir de classer une substance comme stupéfiant depuis la loi n° 2016-41 du 26 janvier 2016 — elle inscrit à l’annexe IV de l’arrêté du 22 février 1990 trois molécules nommément : HHC, HHC-acétate (HHC-O) et hexahydrocannabiphorol (HHCP). Entrée en vigueur le 13 juin 2023 (ANSM — Décision du 12/06/2023).
Le communiqué publié le même jour retient comme motif un « risque d’abus et de dépendance équivalent à celui du cannabis », documenté par les Centres d’évaluation et d’information sur la pharmacodépendance (CEIP-A). À noter : les décisions ANSM 2023-2026 modifient directement les annexes de l’arrêté de 1990 sans republication autonome au Journal officiel. La source primaire officielle est le site de l’agence, pas un numéro JORFTEXT dédié.
Décision ANSM du 3 juin 2024 — clause famille benzo[c]chromène
Un an plus tard, l’ANSM change de méthode : au lieu de classer molécule par molécule, elle introduit une clause générale couvrant toute une famille chimique. Depuis le 3 juin 2024, « les cannabinoïdes de synthèse ou d’hémisynthèse formés à partir du noyau benzo[c]chromène » sont classés stupéfiants, à l’exclusion du CBN, du CBNA et des substances présentes à très faibles concentrations dans le chanvre industriel (ANSM — Décision du 03/06/2024). Le HHCP conserve ce noyau tricyclique : il tombe une seconde fois dans la liste, par la clause de famille, et les dérivés futurs (variantes stéréochimiques, esters, chaînes modifiées) sont automatiquement capturés sans nouveau texte.
Décision ANSM du 6 février 2026 — isomères et dérivés
La décision du 6 février 2026 précise la rédaction historique des annexes sur les tétrahydrocannabinols : « tétrahydrocannabinols, leurs variantes stéréochimiques, isomères, éthers et esters ». La liste consolidée publiée le 17 février 2026 intègre cette formulation (ANSM — Décision du 06/02/2026). Cette couverture générique verrouille la stratégie du rebranding pour échapper à la liste. Le HHCP y est triplement couvert : nommément depuis 2023, par la famille benzo[c]chromène depuis 2024, et par la rédaction générique sur les isomères et dérivés depuis 2026.
Risque pénal applicable
Le régime pénal général des stupéfiants s’applique sans adaptation :
- Article 222-37 du Code pénal — transport, détention, offre, cession, acquisition ou emploi illicites de stupéfiants : jusqu’à 10 ans d’emprisonnement et 7 500 000 € d’amende (Légifrance — art. 222-37 CP).
- Article 222-39 du Code pénal — cession ou offre en vue de la consommation : 5 ans et 75 000 €.
- Article L. 3421-1 du Code de la santé publique — usage illicite : 1 an et 3 750 €, régi en pratique par amende forfaitaire délictuelle de 200 €.
- Article L. 3421-4 du Code de la santé publique — provocation à l’usage ou présentation sous un jour favorable : 5 ans et 75 000 €. Cette disposition vise expressément les contenus en ligne.
À ces sanctions s’ajoutent des mesures administratives (saisie DGCCRF, fermeture administrative, blocage des moyens de paiement) et la responsabilité pénale des personnes morales (art. 121-2 CP). Un recours au Conseil d’État porté par l’Union des professionnels du CBD contre les décisions ANSM de 2024 est pendant, mais ne concerne pas le classement de juin 2023.
Statut en Europe
Le HHCP est documenté par l’Agence européenne des drogues (EUDA, ex-EMCDDA). Le rapport technique « HHC and related substances » (avril 2023) le cite comme molécule émergente à risque pharmacologique élevé, et le European Drug Report 2026 confirme sa présence sur le marché européen. Comme cannabinoïde semi-synthétique sans historique de consommation avant mai 1997, il relève par défaut du régime Novel Food non autorisé (règlement UE 2015/2283) : toute mise sur le marché alimentaire est interdite sans autorisation préalable, et aucune demande n’a été déposée.
Dans la plupart des États membres qui contrôlent le HHC, le HHCP est également classé : Allemagne (loi NpSG, 6e amendement du 2 décembre 2025), Autriche, Belgique, Danemark, Estonie (prohibition par famille depuis le 14 août 2026), Finlande, Pays-Bas (Liste I de l’Opium Act depuis le 28 janvier 2026). L’OMS a par ailleurs recommandé en novembre 2024 un contrôle international du HHC au titre de la Convention unique de 1961, décision pendante.
Effets rapportés et risques documentés
Le HHCP n’a fait l’objet d’aucune étude clinique humaine publiée. Les données disponibles proviennent de la littérature in vitro, des signalements d’addictovigilance des CEIP-A et des rapports européens post-saisie. La pharmacologie décrit un agoniste puissant des récepteurs CB1 et CB2, avec une affinité CB1 substantiellement supérieure à celle du HHC — conséquence de l’allongement de la chaîne alkyle en C7. L’EUDA l’a classé « risque pharmacologique élevé » dès 2023.
Les signalements consolidés par l’ANSM dans son rapport d’addictovigilance 2023 incluent, pour la famille HHC / HHC-O / HHCP :
- tachycardies, hypertension aiguë, hypotension orthostatique ;
- crises d’angoisse, attaques de panique, décompensations psychiatriques ;
- pertes de connaissance, chutes, hospitalisations ponctuelles ;
- vomissements prolongés, prostration, effets durant plusieurs heures après la prise.
À ces risques s’ajoute un risque indirect : un contrôle routier salivaire peut détecter un cannabinoïde psychoactif et déclencher les sanctions de l’article L. 235-1 du Code de la route (jusqu’à 2 ans, 4 500 €, suspension ou annulation du permis).
HHCP, HHCPO, THCP : ne pas confondre
La nomenclature prête à confusion dans les contenus commerciaux. Les trois molécules sont interdites, mais leurs dates et bases juridiques diffèrent.
| Nom | Structure | Classement en France |
|---|---|---|
| HHCP (HHC-P) | HHC à chaîne heptyle | 13 juin 2023 (ANSM, nommément) |
| HHCPO (HHC-PO) | Ester acétique du HHCP | 3 juin 2024 (nommément + clause de famille) |
| THCP | THC à chaîne heptyle (parent naturel du HHCP) | 3 juin 2024 (nommément + clause de famille) |
Et aujourd’hui ?
Au 1er octobre 2026, aucun chemin de retour à la commercialisation n’existe en France. La décision ANSM du 16 janvier 2026 concerne les opioïdes nitazènes et ne touche pas aux cannabinoïdes ; les recours pendants au Conseil d’État visent le classement de 2024 (H4-CBD, H2-CBD, THCP), pas celui de 2023. La seule rédaction défendable au regard de l’article L. 3421-4 CSP reste encyclopédique : toute formulation suggérant une méthode d’approvisionnement, un « usage sécurisé » ou une « bonne pratique » tombe sous l’incrimination de provocation à l’usage. Chez junglekush.fr, Conseil d’État (n° 444887, 29/12/2022).
Questions fréquentes
Le HHCP est-il explicitement interdit en France ?
Oui, nommément. Il figure dans la décision ANSM du 12 juin 2023 qui classe HHC, HHC-O et HHCP à l’annexe IV de l’arrêté du 22 février 1990. L’interdiction est en vigueur depuis le 13 juin 2023.
Pourquoi est-il réputé plus puissant que le HHC ?
À cause de sa chaîne alkyle allongée en position 3 (heptyle au lieu de pentyle), qui augmente l’affinité pour le récepteur CB1. Les études in vitro ont montré un ordre de grandeur supérieur à celui du THC, mais la correspondance in vivo chez l’humain n’est pas caractérisée, faute d’études cliniques publiées.
Et le HHCPO, c’est pareil ?
Non : le HHCPO (ester acétique du HHCP) a été classé plus tard, par la décision ANSM du 3 juin 2024. Les deux sont interdits aujourd’hui, mais les dates et bases juridiques diffèrent.


