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CBD et Transpiration

Transpiration après l’arrêt du cannabis : pourquoi, combien de temps, que faire

Transpirer la nuit après l’arrêt du cannabis fait partie des symptômes les plus déroutants du sevrage cannabique : on se réveille trempé, les draps humides, parfois avec des frissons alors que la chambre n’est pas chaude. Rassure-toi, le phénomène est connu et documenté par la recherche. Il touche environ une personne en sevrage sur cinq, apparaît dans les premiers jours, culmine généralement entre le 2e et le 6e jour, puis disparaît le plus souvent en deux à trois semaines.

Ces sueurs nocturnes ne sont ni dangereuses en elles-mêmes, ni le signe que « le THC sort par la peau ». Elles traduisent un cerveau qui se réajuste après des mois ou des années de consommation. Dans cet article, on s’appuie sur les études publiées, de JAMA Network Open à Molecular Psychiatry, pour t’expliquer pourquoi tu transpires, combien de temps cela dure, ce qui aide vraiment la nuit, et à partir de quand il faut consulter un médecin.

L’essentiel en 30 secondes
• Les sueurs nocturnes touchent environ 22 % des personnes en sevrage.
• Elles commencent entre le 1er et le 3e jour et sont souvent au maximum entre le 2e et le 6e jour.
• Elles disparaissent en général en deux à trois semaines, au plus tard vers un mois.
• Fièvre mesurée, perte de poids ou sueurs au-delà d’un mois : il faut consulter.

Transpirer après l’arrêt du cannabis : est-ce normal ?

Oui. Le syndrome de sevrage du cannabis est reconnu par le DSM-5, le manuel de référence des psychiatres, repris en France par l’ANSM. On parle de sevrage quand, dans la semaine qui suit l’arrêt d’un usage quotidien ou presque, au moins trois de ces sept signes apparaissent :

  • irritabilité, colère ou agressivité ;
  • nervosité ou anxiété ;
  • troubles du sommeil : insomnie, rêves perturbants ;
  • baisse de l’appétit ou perte de poids ;
  • agitation ;
  • humeur dépressive ;
  • au moins un symptôme physique gênant : douleurs abdominales, tremblements, sueurs, fièvre, frissons ou maux de tête.

Ce sevrage n’a rien d’exceptionnel. La méta-analyse de Bahji et ses collègues, publiée en 2020 dans JAMA Network Open et portant sur 47 études et 23 518 personnes, estime qu’il touche 47 % des usagers réguliers. La fréquence dépend beaucoup du contexte :

Population étudiée Part des usagers qui font un sevrage
Population générale 17 %
Consultation en addictologie 54 %
Patients hospitalisés 87 %
Ensemble des usagers réguliers 47 %

Et les sueurs, dans tout ça ? La grande enquête américaine NESARC-III, analysée par Livne et ses collègues en 2019 dans Drug and Alcohol Dependence, permet de les situer parmi les autres symptômes :

Symptôme de sevrage Part des personnes en sevrage concernées
Anxiété 76 %
Troubles du sommeil 68 %
Maux de tête 48 %
Tremblements 25 %
Sueurs 22 %
Frissons 7 %
Fièvre 3 %

Les sueurs sont donc fréquentes, sans être le symptôme principal. Elles sont plus marquées chez les gros consommateurs : dans une étude sur 118 patients hospitalisés, citée par la revue de Bonnet et Preuss (2017), 28 % avaient des sueurs fortes ou très fortes dès le premier jour, et 21 % des bouffées de chaleur.

Besoin d’en parler ?
Drogues Info Service répond au 0 800 23 13 13, 7 jours sur 7 de 8 h à 2 h, de façon anonyme et gratuite. Les CSAPA, centres d’addictologie présents dans chaque département, reçoivent aussi gratuitement et en toute confidentialité. Pour les 12-25 ans, les Consultations jeunes consommateurs (CJC) sont possibles sans les parents.

Qui transpire le plus ? Les facteurs qui aggravent le sevrage

Tout le monde ne vit pas le même sevrage. Les études identifient plusieurs profils plus exposés :

  • Les consommateurs quotidiens : plus l’usage est fréquent, plus le sevrage est probable (Bahji et al., 2020).
  • Ceux qui fument aussi du tabac : le sevrage est plus fréquent quand cannabis et tabac sont associés, ce qui est le cas de la plupart des joints.
  • Les femmes : dans l’étude de Herrmann, Weerts et Vandrey (2015), qui a comparé 45 femmes et 91 hommes, les femmes rapportaient des symptômes de sevrage plus nombreux et plus intenses, notamment sur l’humeur et la digestion.
  • Les usagers les plus dépendants : Allsop et ses collègues (2012), qui ont suivi 49 usagers pendant deux semaines d’abstinence, montrent que plus la dépendance est forte, plus le sevrage perturbe la vie quotidienne, et plus le risque de reprise est élevé.

Pourquoi le sevrage fait transpirer

Le cannabis agit sur des récepteurs du cerveau appelés récepteurs CB1. Chez un consommateur régulier, le cerveau en réduit le nombre pour s’adapter à la présence permanente du THC. L’imagerie cérébrale permet de suivre leur retour à la normale :

  • dans l’étude de D’Souza et ses collègues (2016), menée sur 11 hommes dépendants, les récepteurs étaient 15 % moins disponibles que chez des non-consommateurs, et cette différence n’était déjà plus visible après deux jours d’abstinence ;
  • les mêmes chercheurs ont observé que plus les récepteurs étaient bas au 2e jour, plus les symptômes de sevrage étaient forts ;
  • Hirvonen et ses collègues, dans Molecular Psychiatry (2012), ont constaté un retour complet à la normale après environ quatre semaines d’abstinence.

Pendant cette période de réglage, le corps gère moins bien sa température. Dès 1981, Jones et ses collègues avaient observé chez des volontaires qui arrêtaient le THC des sueurs et une légère hausse de la température du corps, dans un syndrome qu’ils décrivaient comme « léger et passager ». Chez l’animal, on sait que le THC agit sur la zone du cerveau qui règle la température. Chez l’humain, le mécanisme exact reste mal établi : les sueurs viendraient d’un dérèglement temporaire du thermostat du corps, le temps que les récepteurs se remettent à niveau.

Deux idées reçues sont à oublier :

  • « On élimine le THC en transpirant. » Faux. Selon la revue de Huestis (2007), plus de 65 % du THC part dans les selles et environ 20 % dans les urines ; la sueur n’en contient que des traces. Le sauna n’accélère donc pas l’élimination.
  • « C’est le sommeil paradoxal qui fait transpirer. » C’est même l’inverse : une étude de Sagot et ses collègues (1987) montre que c’est pendant cette phase du sommeil que l’on transpire le moins.

Combien de temps dure la transpiration après l’arrêt du cannabis ?

L’étude de référence sur la chronologie du sevrage est celle de Budney et ses collègues, publiée en 2003 dans le Journal of Abnormal Psychology : 18 consommateurs ont été suivis pendant 45 jours d’abstinence. Les symptômes commençaient entre le 1er et le 3e jour, culminaient entre le 2e et le 6e jour, et la plupart duraient de 4 à 14 jours. D’autres travaux, cités par Bonnet et Preuss, montrent que les symptômes physiques, dont les sueurs, arrivent en premier et partent plus vite que les symptômes psychiques.

Période Ce qui se passe Les sueurs
Jours 1 à 3 Les premiers symptômes apparaissent, physiques d’abord Elles peuvent commencer
Jours 2 à 6 Le pic du sevrage, quand la gêne au quotidien est la plus forte Souvent à leur maximum
Jours 7 à 14 La plupart des symptômes s’atténuent Elles diminuent
Semaines 3 et 4 Fin du sevrage pour la plupart des gens Normalement terminées vers un mois
Au-delà d’un mois Rêves étranges et sommeil léger encore possibles Si elles persistent, il faut chercher une autre cause

Ces repères sont des moyennes tirées d’études portant sur quelques dizaines de personnes : d’un individu à l’autre, les écarts sont importants. Drogues Info Service situe la durée totale du sevrage entre une et quatre semaines, et indique que les sueurs peuvent durer jusqu’à un mois.

Sommeil et rêves : l’autre versant des nuits de sevrage

Les sueurs arrivent rarement seules. Les troubles du sommeil touchent plus des deux tiers des personnes en sevrage : endormissement difficile, réveils en pleine nuit, sommeil léger. Et surtout, les rêves reviennent, souvent très vifs, parfois angoissants.

Ce n’est pas une impression : quand Allsop et ses collègues ont construit en 2011 leur échelle de mesure du sevrage, la Cannabis Withdrawal Scale, l’item le plus fiable pour repérer un sevrage était justement « cauchemars et/ou rêves étranges ». Leur échelle comprend d’ailleurs des questions sur les réveils en sueur et les bouffées de chaleur. Une explication souvent avancée : le THC réduit le sommeil paradoxal, la phase des rêves, qui reviendrait en force à l’arrêt.

C’est le symptôme le plus tenace : les rêves étranges peuvent durer trente jours et plus, alors que le reste du sevrage est terminé. Ce n’est pas un signe de rechute ni de maladie, simplement un sommeil qui se réorganise. Pour aller plus loin, lis notre guide des alternatives aux somnifères et celui sur la perte de sommeil liée au cannabis.

Que faire pour mieux passer les nuits de sevrage ?

Aucun remède ne supprime les sueurs, mais plusieurs gestes simples, recommandés par l’Assurance maladie et les services d’aide, rendent les nuits plus supportables.

Dans la chambre

  • Garder une température de 18 à 20 °C au maximum, fenêtre entrouverte si possible.
  • Choisir des draps et un t-shirt en coton ou en lin, qui absorbent mieux.
  • Poser une serviette sur l’oreiller et garder un t-shirt de rechange à portée de main.

Pendant la journée

  • Boire régulièrement : l’eau perdue la nuit doit être compensée.
  • Bouger à la lumière du jour : dans l’étude pilote de Buchowski et ses collègues (2011), 12 usagers dépendants ont suivi 10 séances de 30 minutes de marche rapide sur tapis en deux semaines, et leur consommation est passée de 5,9 à 2,8 joints par jour.
  • Pas d’excitants après 14 h : café, thé, sodas, boissons énergisantes.

Le soir

  • Éviter l’alcool, les boissons chaudes et les plats épicés.
  • Se coucher à heure fixe et couper les écrans une heure avant.
  • Remplacer le rituel du soir par une tisane sans théine.

Enfin, si tu consommes beaucoup, réduire progressivement plutôt que d’arrêter net peut adoucir le sevrage : c’est ce que recommande Drogues Info Service, qui conseille de diminuer par paliers.

Les erreurs qui prolongent les nuits difficiles

  • Boire un verre pour s’endormir : l’alcool fragmente le sommeil et fait transpirer davantage.
  • Prendre des somnifères sans avis médical, souvent conseillés sur les forums : ils ne règlent pas le sevrage et exposent à d’autres risques.
  • Faire des saunas pour « éliminer » : la sueur n’élimine pas le THC, et la déshydratation aggrave la fatigue.
  • Se couvrir davantage pour ne pas avoir froid après les sueurs : une couette trop chaude risque d’entretenir la transpiration. Mieux vaut changer de t-shirt.
  • « Juste un joint pour dormir » : c’est le piège classique du pic de sevrage, et chaque reprise relance le compteur.

Joint = double sevrage : le cas du tabac

En France, le cannabis se fume le plus souvent mélangé à du tabac. Arrêter les joints, c’est donc souvent arrêter aussi la nicotine sans l’avoir prévu, et cumuler deux sevrages : nervosité, sommeil perturbé et envies de fumer s’additionnent. Si c’est ton cas, Tabac Info Service t’accompagne gratuitement au 39 89. Notre article sur les cigarettes les moins fortes en nicotine peut aussi t’aider à y voir clair.

Même vigilance avec l’alcool : si tu arrêtes de boire en même temps, les sueurs et les tremblements peuvent venir du sevrage alcoolique, qui peut être dangereux. Dans ce cas, un avis médical s’impose avant d’arrêter.

Transpiration nocturne : quand consulter ?

Situation Ce que ça signifie
🟢 Normal Sueurs dans les jours qui suivent l’arrêt, sans autre signe, qui diminuent au fil des semaines.
🟠 À surveiller Sueurs qui ne diminuent pas après deux à trois semaines, ou qui t’empêchent vraiment de dormir : parles-en à ton médecin.
🔴 Consulter Fièvre mesurée au thermomètre, perte de poids inexpliquée, toux, douleur dans la poitrine, essoufflement, cœur qui s’emballe, ou sueurs qui durent plus d’un mois.

La fièvre fait partie des symptômes possibles du sevrage, mais elle est rare : environ 3 % des cas selon l’enquête NESARC-III. Une vraie fièvre doit donc faire chercher une autre cause, comme une infection : l’Assurance maladie et le NHS britannique citent tous deux les sueurs nocturnes accompagnées de fièvre ou de perte de poids comme un motif de consultation. Et si le sevrage s’accompagne d’idées noires, appelle le 3114, le numéro national de prévention du suicide, gratuit et joignable 24 h/24.

Et le CBD dans tout ça ?

La recherche s’intéresse au CBD dans l’arrêt du cannabis, mais les résultats restent préliminaires. L’essai le plus cité, mené par Freeman et ses collègues et publié en 2020 dans The Lancet Psychiatry, a suivi 82 personnes pendant quatre semaines : avec 400 à 800 mg par jour de CBD pharmaceutique pur, associé à six séances d’entretien motivationnel, les participants ont davantage réduit leur consommation qu’avec un placebo. L’étude ne portait pas sur les sueurs, et ces doses n’ont rien à voir avec les produits vendus en boutique. En 2025, la revue Cochrane a conclu que tous les traitements du sevrage testés restent expérimentaux.

Le CBD ne crée pas de dépendance selon l’OMS, et l’ANSM indique que son arrêt ne s’accompagne généralement pas de syndrome de sevrage. Il peut en revanche interagir avec certains médicaments. Aucun produit au CBD n’est un traitement du sevrage : si tu veux l’envisager, parles-en d’abord à un médecin.

Transpiration et arrêt du cannabis : les questions fréquentes

Combien de temps durent les sueurs nocturnes après l’arrêt du cannabis ?

Elles apparaissent dans les premiers jours, culminent en général entre le 2e et le 6e jour et disparaissent le plus souvent en deux à trois semaines, au plus tard vers un mois.

Est-ce dangereux de transpirer autant ?

Non, pas en soi, à condition de bien s’hydrater. En revanche, une fièvre mesurée, une perte de poids ou des sueurs qui durent plus d’un mois doivent faire consulter.

Pourquoi je transpire aussi la journée ?

Le dérèglement de la température ne s’arrête pas au coucher. Les sueurs sont simplement plus visibles la nuit, sous la couette, et suivent la même évolution.

J’ai des frissons et un peu de fièvre : est-ce le sevrage ?

Les frissons sont possibles (environ 7 % des cas), la fièvre plus rare (environ 3 %). Une fièvre mesurée au thermomètre doit faire consulter pour écarter une autre cause.

Transpirer permet-il d’éliminer le THC plus vite ?

Non. Le THC s’élimine surtout par les selles et les urines ; la sueur n’en contient que des traces. Le sauna ne change rien.

Je transpire encore plusieurs mois après l’arrêt : est-ce le cannabis ?

C’est peu probable. Au-delà d’un mois, Drogues Info Service recommande d’envisager d’autres explications : parles-en à ton médecin.

Vaut-il mieux arrêter d’un coup ou diminuer ?

Pour un gros consommateur, diminuer par paliers peut adoucir le sevrage, comme le recommande Drogues Info Service. L’essentiel est d’avoir un plan et, si besoin, un accompagnement.

Le CBD provoque-t-il un sevrage ?

Selon l’ANSM, l’arrêt du CBD ne s’accompagne généralement pas de syndrome de sevrage.

Le mot de la fin

Transpirer la nuit après l’arrêt du cannabis est désagréable, mais c’est le signe que ton corps se remet à niveau. Dans la grande majorité des cas, tout rentre dans l’ordre en deux à trois semaines, les rêves en dernier. Une chambre fraîche, des horaires réguliers, pas d’alcool ni d’excitants le soir, de l’activité physique en journée, et de l’aide si tu en ressens le besoin : le 0 800 23 13 13 est là pour ça.

Cet article a une visée informative et ne remplace pas l’avis d’un médecin. Les produits au CBD ne sont pas des médicaments et ne traitent pas le sevrage.

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