Non, le cannabis n’est pas légal en Russie, sous aucune forme. L’herbe, la résine et l’huile de cannabis figurent sur la liste I des stupéfiants, celle des substances dont la circulation est interdite, sans aucune exception médicale. Consommer ou détenir une petite quantité vaut une amende ou jusqu’à 15 jours de détention, et pour un étranger une expulsion du territoire. Au-delà de 6 grammes d’herbe, on bascule dans le pénal.
Le CBD ne fait pas exception dans les faits. La molécule elle-même n’est pas inscrite sur la liste russe, mais la loi y classe comme stupéfiant tout mélange contenant du THC, « quelle que soit sa quantité ». Une fleur de CBD achetée légalement en France, qui peut contenir jusqu’à 0,3 % de THC, est donc un stupéfiant au regard du droit russe.
Le point le plus redouté des voyageurs, c’est la frontière. Franchir la douane avec un stupéfiant, même en quantité infime, relève de la contrebande : de 3 à 7 ans de prison, et bien plus au-delà de quelques grammes. Les affaires Brittney Griner et Marc Fogel l’ont rappelé au monde entier. Voici ce que dit précisément la loi russe en 2026, le barème des peines et ce que cela implique si vous devez vous rendre à Moscou ou Saint-Pétersbourg.
L’essentiel en 30 secondes
• Cannabis interdit sous toutes ses formes, aucun usage médical autorisé.
• CBD assimilé à un stupéfiant dès qu’il contient une trace de THC, donc en pratique les fleurs et résines CBD vendues en France.
• Touriste : amende ou 15 jours de détention puis expulsion pour une petite quantité, 3 à 7 ans de prison pour la moindre quantité passée à la douane.
• Tout voyage en Russie est déconseillé par la Belgique et le Royaume-Uni en 2026.
Que dit la loi en Russie en 2026 ?
Le socle est la loi fédérale n° 3-FZ du 8 janvier 1998 « sur les stupéfiants et les substances psychotropes ». Elle renvoie à une liste fixée par le gouvernement, le décret n° 681 du 30 juin 1998, régulièrement complété depuis. Le cannabis, qu’on l’appelle marikhouana, travka ou anacha pour le haschich, y figure en liste I, aux côtés de l’héroïne : ce sont les substances dont la circulation est interdite, point.
Trois précisions de cette liste pèsent lourd :
- Le cannabis, le haschich et l’huile de cannabis sont listés séparément, ainsi que les tétrahydrocannabinols (tous isomères) et leurs dérivés.
- La liste vise expressément « tous les mélanges contenant ces stupéfiants, quelle que soit leur quantité ». Il n’existe donc aucun seuil de THC toléré dans un produit.
- Les cannabinoïdes semi-synthétiques sont aussi visés : le HHC et le HHC-P, également stupéfiants en France, y figurent nommément, avec un seuil pénal de 0,05 gramme.
Pour savoir si une affaire relève d’une simple contravention ou du tribunal pénal, tout dépend du poids saisi. Le décret n° 1002 du 1er octobre 2012 fixe trois paliers, calculés sur un produit séché :
| Produit | « Significatif » (pénal) | « Important » | « Particulièrement important » |
|---|---|---|---|
| Herbe (cannabis, marijuana) | plus de 6 g | plus de 100 g | plus de 100 kg |
| Haschich (résine) | plus de 2 g | plus de 25 g | plus de 10 kg |
| Huile de cannabis | plus de 0,4 g | plus de 5 g | plus de 1 kg |
En dessous du premier palier, la détention reste punissable, mais sur le terrain administratif. Au-dessus, c’est le Code pénal. Aucune des révisions de ces textes, dont les dernières datent de 2025, n’a assoupli ce régime : la tendance est au contraire à l’ajout régulier de nouvelles substances sur la liste, comme le HHC.
Amendes et prison : le barème
Les sanctions sont réparties entre le Code des infractions administratives (KoAP) et le Code pénal (UK). Voici les principales, dans leur rédaction en vigueur en septembre 2026 :
| Infraction | Texte | Sanction prévue |
|---|---|---|
| Consommer sans prescription | KoAP, art. 6.9 | 4 000 à 5 000 roubles ou jusqu’à 15 jours de détention ; expulsion en plus pour un étranger |
| Détenir moins de 6 g d’herbe (2 g de résine) | KoAP, art. 6.8 | 4 000 à 5 000 roubles ou jusqu’à 15 jours de détention ; expulsion en plus pour un étranger |
| Détenir plus de 6 g (2 g de résine) | UK, art. 228 al. 1 | jusqu’à 3 ans de prison |
| Détenir plus de 100 g (25 g de résine) | UK, art. 228 al. 2 | 3 à 10 ans de prison |
| Détenir plus de 100 kg | UK, art. 228 al. 3 | 10 à 15 ans de prison |
| Vendre, donner, envoyer | UK, art. 228.1 | 4 à 8 ans de prison, jusqu’à la perpétuité pour les plus grosses quantités |
| Franchir la frontière avec du cannabis, quelle que soit la quantité | UK, art. 229.1 al. 1 | 3 à 7 ans de prison |
| Idem au-delà de 6 g d’herbe, 2 g de résine ou 0,4 g d’huile | UK, art. 229.1 al. 2 | 5 à 10 ans de prison |
| Cultiver en grande quantité | UK, art. 231 | jusqu’à 2 ans, et jusqu’à 8 ans pour une culture très importante |
| Faire la « propagande » du cannabis en ligne (étranger) | KoAP, art. 6.13 | 5 000 à 30 000 roubles ou 15 jours de détention, avec expulsion |
Deux lignes méritent qu’on s’y arrête. D’abord la contrebande, qui ne connaît aucun seuil minimal : c’est elle qui explique des condamnations de plusieurs années pour moins d’un gramme. Ensuite la « propagande », notion très large en Russie : publier en ligne un contenu qui présente favorablement le cannabis est sanctionné, et un étranger encourt là encore l’expulsion.
Et le CBD ?
Sur le papier, le cannabidiol n’est pas inscrit sur la liste russe des stupéfiants. Dans la pratique, cela ne change presque rien, pour deux raisons.
- Une fleur reste du cannabis. La liste I vise le « cannabis (marijuana) » sans distinguer les variétés riches ou pauvres en THC : hors du circuit agricole autorisé, des fleurs de chanvre ont toutes les chances d’être traitées comme telles.
- Le THC n’a pas de seuil. Toute préparation qui en contient une trace est un mélange stupéfiant. Or les produits CBD vendus légalement en France peuvent contenir jusqu’à 0,3 % de THC, et même les huiles « full spectrum » en renferment.
Conclusion : une fleur, une résine ou une huile de CBD, parfaitement légale en France, est traitée comme du cannabis en Russie, avec les mêmes paliers de poids et les mêmes peines. Aucune boutique ne peut donc y vendre légalement des fleurs ou de la résine de CBD comme on en trouve en France.
Si vous voyagez, la seule option sûre est de ne rien emporter, ni dans vos bagages ni dans vos poches, y compris en correspondance. Pour comprendre ce qu’autorise le droit français et comment il s’articule avec les voyages, lisez notre guide sur la législation du CBD en France et nos repères pour voyager en avion avec du CBD.

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Ce que risque un touriste
La Russie ne fait aucune différence entre un résident et un visiteur, sinon pour aggraver la sanction : pour un étranger, les infractions administratives liées aux stupéfiants s’accompagnent d’une expulsion du territoire.
Les aéroports sont le premier point de risque. La diplomatie britannique rappelle que les bagages y sont passés au crible avec des équipements de détection avancés, y compris pour les passagers en transit. Une simple escale à Moscou suffit donc à vous exposer.
Trois affaires récentes montrent l’écart entre les quantités en jeu et les peines prononcées :
- Brittney Griner, basketteuse américaine, arrêtée en février 2022 à l’aéroport de Moscou-Cheremetievo avec des cartouches de vapoteuse contenant environ 0,7 g d’huile de cannabis : 9 ans de prison en août 2022, avant d’être libérée en décembre 2022 dans un échange de prisonniers.
- Marc Fogel, enseignant américain, arrêté en août 2021 avec environ 17 g de cannabis prescrit par un médecin aux États-Unis : 14 ans de prison en juin 2022, libéré le 11 février 2025.
- En 2024, un voyageur allemand a été arrêté à l’aéroport Poulkovo de Saint-Pétersbourg pour des bonbons au cannabis retrouvés dans sa valise.
Ces dossiers ont aussi une dimension politique. Le Royaume-Uni souligne que la Russie a l’habitude de détenir des ressortissants étrangers pour s’en servir comme moyen de pression sur leur pays, et que l’aide consulaire est alors très limitée.
À cela s’ajoute le contexte général : la Belgique (mise à jour du 23 juillet 2026) et le Royaume-Uni (18 septembre 2026) déconseillent tout voyage en Russie. Si vous devez malgré tout vous y rendre, consultez la fiche de France Diplomatie avant de partir et gardez sur vous votre passeport ou une copie avec la page du visa : les contrôles d’identité sont fréquents.

Cannabis médical et chanvre industriel
Il n’existe aucun programme de cannabis médical en Russie. Classé en liste I, le cannabis est retiré de toute circulation, y compris sur ordonnance. Une ordonnance étrangère ne protège pas : c’est précisément le cas de Marc Fogel, dont le cannabis était prescrit aux États-Unis.
Le chanvre, en revanche, a une vraie histoire dans le pays. À la fin du XIXe siècle, l’Empire russe produisait environ 40 % du chanvre européen, et l’URSS des années 1930 concentrait l’essentiel des surfaces cultivées dans le monde. Aujourd’hui, la loi de 1998 autorise la culture industrielle par des entreprises et des entrepreneurs, pour la fibre, les graines ou l’huile alimentaire, à partir de variétés agréées par l’État et sous conditions fixées par le gouvernement.
Cette filière agricole ne crée aucune exception pour le consommateur : les parties fleuries de la plante restent classées comme stupéfiant, et tout produit fini qui contient du THC reste un mélange stupéfiant, quelle que soit sa teneur.
Russie ou France : ce qui change
| Situation | Russie | France |
|---|---|---|
| Consommer du cannabis | 4 000 à 5 000 roubles ou 15 jours de détention, expulsion pour un étranger | Amende forfaitaire de 500 € (loi n° 2026-798 du 18 août 2026) |
| Fleurs de CBD (0,3 % de THC maximum) | Stupéfiant, mêmes peines que le cannabis | Légales (arrêté du 30 décembre 2021, Conseil d’État du 29 décembre 2022) |
| HHC | Stupéfiant (seuil pénal : 0,05 g) | Stupéfiant depuis le 13 juin 2023 |
| Cannabis médical | Interdit, ordonnance étrangère non reconnue | Médicaments encadrés par les autorités de santé |
| Passer une frontière avec du cannabis | 3 à 7 ans de prison, quelle que soit la quantité | Poursuites pour importation de stupéfiants |
La différence essentielle tient au CBD : ce qui est un produit de boutique en France devient une affaire pénale dès la douane russe. La frontière de l’Union économique eurasiatique compte aussi : l’article 229.1 vise également les passages depuis les pays membres, comme le Kazakhstan.
Le mot de la fin
En Russie, la question « est-ce légal ? » a une réponse courte : non, ni le cannabis, ni le CBD dès qu’il contient du THC. La vraie ligne rouge est la frontière, où quelques dixièmes de gramme suffisent à ouvrir un dossier de contrebande. Laissez donc tout produit à base de chanvre chez vous, et gardez vos fleurs CBD pour le retour.
Cet article a une visée informative et ne constitue pas un conseil juridique. Informations vérifiées en septembre 2026 ; les lois évoluent, vérifiez-les avant chaque départ.


