Non : le cannabis est illégal au Cambodge, pour les Cambodgiens comme pour les touristes. La loi sur le contrôle des drogues du 2 janvier 2012 classe la plante, la résine et l’huile de cannabis parmi les drogues les plus dangereuses, sans aucun usage médical reconnu. Détenir, acheter, transporter ou consommer de l’herbe peut valoir d’un mois à plusieurs années de prison, et jusqu’à 30 ans, voire la perpétuité, pour le trafic de grosses quantités.
Le pays traîne pourtant une réputation de paradis du joint, entretenue par les « happy pizzas » de Siem Reap et de Phnom Penh et par des récits de routards qui datent souvent des années 2000. La réalité de 2026 est tout autre : le Premier ministre Hun Manet a fermé la porte à toute légalisation, la police fait des descentes dans les lieux fréquentés par les étrangers, et la justice a condamné en février 2026 deux voyageurs britanniques à 14 et 10 ans de prison.
Voici le texte en vigueur (celui de 1996, souvent cité en ligne, a été abrogé), les peines, le statut du CBD et ce que risque concrètement un touriste.
L’essentiel en 30 secondes
• Le cannabis est interdit au Cambodge : usage, détention, culture et trafic, sans exception médicale.
• Le CBD n’y a aucun statut légal : une fleur ou une huile de CBD reste un produit du cannabis aux yeux de la loi.
• Un touriste risque un test urinaire, l’arrestation et 2 à 5 ans de prison pour une simple détention.
• Les happy pizzas ne sont pas légales : au mieux tolérées par endroits, elles exposent le client comme le cuisinier. Les frontières terrestres avec la Thaïlande sont fermées depuis 2025.
Que dit la loi au Cambodge en 2026 ?
Le texte de référence est la loi sur le contrôle des drogues promulguée le 2 janvier 2012. Son article 125 abroge l’ancienne loi promulguée en janvier 1997 (souvent datée de 1996, année de son adoption, et encore citée par de nombreux sites) ainsi que sa réforme de 2005. Ce qui compte pour toi, c’est donc le texte de 2012, appliqué par l’Autorité nationale de lutte contre la drogue (NACD) et la police antidrogue.
Cette loi range le cannabis, appelé kanhchhaa en khmer, dans son Tableau I : celui des « plantes et substances qui présentent un danger grave et n’ont pas d’usage médical ». On y trouve, sur la même ligne, la plante de cannabis, la résine et l’huile de cannabis, ainsi que le tétrahydrocannabinol (THC). Le cannabis voisine avec l’héroïne dans ce tableau, ce qui en dit long sur la façon dont l’État le considère.
Concrètement, la loi interdit :
- la culture de plants de cannabis (article 38) ;
- la détention, que le texte appelle keeping : posséder, cacher ou stocker, même une petite quantité (article 40) ;
- le transport, y compris l’importation et l’exportation, et le trafic : vendre, acheter pour revendre, échanger (article 40) ;
- la consommation (article 45) ;
- la conduite d’un véhicule sous l’influence de drogues (article 63).
Aucune légalisation en vue
Le gouvernement ne laisse planer aucun doute. Dès août 2023, avant même sa prise de fonctions, Hun Manet s’était dit fermement opposé à la culture du cannabis au Cambodge. En février 2024, devenu Premier ministre, il a opposé une fin de non-recevoir à plusieurs entreprises étrangères qui voulaient y cultiver du cannabis « médical » : la loi qui interdit la culture et l’usage ne changera pas, a-t-il affirmé. Début mars 2024, il a répété qu’il n’y aurait pas de légalisation tant qu’il dirigerait le gouvernement. À notre connaissance, aucun projet de réforme n’a été annoncé depuis, et les conseils aux voyageurs britanniques et canadiens, mis à jour en 2026, décrivent toujours une répression sévère.
Une exception pour l’usage traditionnel, pas pour les visiteurs
Le texte contient une nuance souvent mal comprise. Pour la culture et la consommation en quantité limitée, le procureur peut renoncer aux poursuites s’il s’agit d’une « consommation habituelle », que la loi définit comme une consommation sans addiction de consommateurs locaux perpétuant une pratique ancestrale. Cette porte de sortie vise les familles rurales qui utilisent la plante en cuisine depuis des générations. Elle n’est pas un droit, dépend entièrement du parquet, et ne concerne pas un étranger de passage avec un sachet d’herbe dans son sac.
Amendes et prison : l’échelle des peines
La loi de 2012 fixe des fourchettes de prison et d’amende en riels, la monnaie locale. Les montants en dollars ci-dessous sont des ordres de grandeur, calculés sur une base d’environ 4 000 riels pour 1 dollar américain.
| Infraction (loi du 2 janvier 2012) | Prison | Amende |
|---|---|---|
| Consommation (art. 45) | 1 à 6 mois ; 6 mois à 1 an en récidive | 100 000 à 1 million de riels (environ 25 à 250 $) |
| Détention, transport ou trafic, cas de base (art. 40) | 2 à 5 ans | 4 à 10 millions de riels (environ 1 000 à 2 500 $) |
| Même infraction avec récidive, ou à partir de 8 kg d’herbe, 400 g de résine ou 200 g d’huile | 5 à 10 ans | 10 à 20 millions de riels (environ 2 500 à 5 000 $) |
| À partir de 20 kg d’herbe, 800 g de résine ou 400 g d’huile | 10 à 20 ans | 20 à 40 millions de riels (environ 5 000 à 10 000 $) |
| À partir de 1,6 kg de résine ou 800 g d’huile | 20 à 30 ans ou perpétuité | 40 à 100 millions de riels (environ 10 000 à 25 000 $) |
| Culture de plants (art. 38) | 6 mois à 2 ans ; 2 à 5 ans si destinée à la vente | 1 à 4 millions de riels ; 4 à 10 millions si vente |
| Conduite sous l’influence de drogues (art. 63) | 1 mois à 1 an ; 1 à 2 ans en cas de blessé ; 2 à 5 ans en cas d’infirmité permanente ou de mort | 100 000 à 10 millions de riels selon les cas |
La peine de l’article 45 vise en principe les consommateurs qui ont déjà été soumis à un traitement obligatoire ; en pratique, un touriste pris avec de l’herbe est surtout poursuivi pour détention, voire pour transport s’il passe une frontière.
Retiens surtout la deuxième ligne : il n’existe pas de seuil de tolérance. Quelques grammes suffisent à caractériser la détention, punie d’au moins deux ans de prison. Le gouvernement britannique rappelle d’ailleurs que les autorités cambodgiennes pratiquent la tolérance zéro et que la détention préventive avant un procès peut durer de longs mois.
Et le CBD au Cambodge ?
Le CBD n’a aucun statut légal au Cambodge. Contrairement à la France ou à la Suisse, le Cambodge ne prévoit dans sa loi de 2012 ni taux de THC toléré, ni régime pour le chanvre, ni autorisation de vente pour le cannabidiol. Le cannabidiol n’est pas cité en tant que tel dans les tableaux de la loi, mais cela ne le rend pas légal pour autant.
Le problème est simple : une fleur de CBD est une sommité de la plante de cannabis, une résine de CBD reste de la résine de cannabis, une huile de CBD est extraite de la même plante. Or la plante, la résine et l’huile figurent toutes au Tableau I. Un douanier ou un policier n’a aucun moyen, ni aucune obligation, de faire la différence avec du cannabis classique, et la moindre trace de THC, elle-même inscrite au Tableau I, suffit à faire pencher la balance du mauvais côté.
Notre conseil est donc clair : ne pars pas au Cambodge avec du CBD, ni en soute, ni en cabine, ni en transit. Un produit parfaitement légal en France peut y être traité comme une importation de stupéfiants. Pour les règles pays par pays, lis notre guide pour voyager en avion avec du CBD. Et pour savoir ce que tu as le droit d’acheter et de consommer chez nous, tout est détaillé dans notre dossier sur la loi sur le CBD en France.

Mandarine Kush
Fleur de CBD bio cultivée en France, moins de 0,3 % de THC : légale en France, à retrouver à ton retour de voyage.
Ce que risque un touriste
Les étrangers sont jugés selon les mêmes articles que les Cambodgiens, et ton ambassade ne peut pas intervenir dans la procédure judiciaire. Voici les situations les plus fréquentes pour un voyageur.
- Les descentes dans les bars et guesthouses. Selon le ministère britannique des Affaires étrangères (mise à jour de mars 2026), la police mène régulièrement des descentes dans les lieux fréquentés par les étrangers. Un test d’urine ou de sang peut être imposé en cas de soupçon, et un résultat positif entraîne l’arrestation. Un test urinaire peut révéler une consommation remontant à plusieurs jours : notre article sur la durée de détection du THC donne les ordres de grandeur.
- Les aéroports. Les aéroports cambodgiens disposent d’équipements de détection performants, y compris pour les bagages des passagers en transit. La loi autorise en outre les fouilles corporelles à la frontière (article 75).
- Les propositions dans la rue. On peut te proposer de l’herbe, surtout le soir dans les quartiers touristiques. Accepter, c’est acheter : l’infraction de détention est constituée dès que tu as le produit sur toi.
Des condamnations lourdes en 2026
Le 24 février 2026, le tribunal municipal de Phnom Penh a condamné deux Britanniques de 41 et 28 ans à 14 ans et 10 ans de prison, plus 24 millions de riels d’amende (environ 6 000 $) au total. Ils avaient été arrêtés le 17 juin 2025 à l’aéroport international de Phnom Penh avec près de 20 kg d’herbe (19,9 kg selon l’agence Xinhua) venue de Thaïlande, qu’ils comptaient rapporter au Royaume-Uni. Ils ont été poursuivis pour usage, détention, transport et trafic, sur le fondement des articles 40 et 45 de la loi de 2012.
Les affaires se succèdent. En juin 2026, un autre Britannique a été arrêté avec plus de 65 kg d’herbe lors d’une descente dans un immeuble du centre de Phnom Penh. En juillet 2026, une série de descentes de la brigade antidrogue de la capitale a conduit à 19 arrestations, dont celle d’un Britannique qui fabriquait des confiseries au cannabis, selon le quotidien Khmer Times.
Pas de passerelle avec la Thaïlande
Beaucoup de voyageurs combinent Cambodge et Thaïlande. Deux points à connaître en 2026. D’abord, le cannabis acheté en Thaïlande reste illégal dès la frontière franchie : le rapporter au Cambodge, c’est de l’importation de stupéfiants, punie d’au moins 2 ans de prison. Ensuite, depuis les combats frontaliers de 2025, les postes frontières terrestres entre les deux pays sont fermés ; un cessez-le-feu a été signé le 27 décembre 2025 mais la situation reste tendue : entre les deux pays, il faut désormais prévoir l’avion. Côté thaïlandais, l’achat de fleurs en boutique exige en théorie une ordonnance depuis fin juin 2025. Le Vietnam et le Laos voisins appliquent eux aussi une législation très répressive.
Happy pizza, Siem Reap, Phnom Penh : une tolérance trompeuse
Si le Cambodge a cette image « cool », c’est d’abord pour des raisons historiques. Le cannabis y a longtemps été cultivé comme une herbe aromatique : quelques feuilles dans certains plats khmers, et une place dans la pharmacopée populaire. On fait généralement remonter son interdiction effective à 1992, sous l’autorité provisoire des Nations unies (APRONUC), et elle n’a été appliquée que très mollement pendant des années.
Dans les années 1990 et 2000, les restaurants de Phnom Penh, de Siem Reap et de Sihanoukville ont fait de la happy pizza un argument touristique. Sur une enseigne ou un menu, le mot « happy » signale un plat qui contient du cannabis : mieux vaut le savoir pour ne pas en consommer sans le vouloir. Quelques établissements l’affichent encore dans les zones touristiques, ce qui entretient l’idée d’une légalité de fait.
Il faut pourtant bien comprendre ce que recouvre cette « tolérance » :
- aucune loi ne protège ces restaurants : le cuisinier commet un trafic, le client une consommation, au sens des articles 40 et 45 ;
- l’application de la loi dépend du moment, du lieu et du policier, et une descente peut viser la clientèle autant que le gérant ;
- le gouvernement canadien signale que plusieurs de ses ressortissants sont décédés après avoir consommé des drogues au Cambodge, et invite à consulter un médecin au moindre malaise.
Chez les Cambodgiens eux-mêmes, le cannabis est surtout associé aux anciennes générations. La « tolérance » est un reliquat du passé, pas une politique : Angkor, les îles de Koh Rong ou Kampot se visitent très bien sans prendre ce risque.

Cambodge ou France : ce qui change
| Question | Cambodge | France |
|---|---|---|
| Cannabis avec THC | Interdit (Tableau I de la loi de 2012) | Interdit (stupéfiant) |
| Usage simple | 1 à 6 mois de prison et amende (art. 45) ; la détention, elle, vaut 2 à 5 ans | Amende forfaitaire de 500 € (400 € minorée, 1 000 € majorée) |
| Fleurs et résines de CBD | Aucun statut : assimilées au cannabis | Légales à 0,3 % de THC maximum |
| Vente de CBD | Aucun cadre légal | Boutiques et vente en ligne autorisées |
La différence essentielle tient au CBD. En France, les fleurs et résines de chanvre sont légales si leur taux de THC ne dépasse pas 0,3 % (arrêté du 30 décembre 2021, confirmé pour les fleurs par le Conseil d’État le 29 décembre 2022). Au Cambodge, ce même produit n’existe tout simplement pas juridiquement. Le bon réflexe : laisser ton CBD à la maison pendant le voyage et retrouver nos fleurs et résines CBD bio françaises à ton retour.
Le mot de la fin
Le Cambodge n’est pas un paradis du cannabis : sa loi prévoit la prison dès le premier gramme et son Premier ministre refuse toute ouverture. Profite des temples, de la cuisine khmère et des côtes du Sud, et garde le cannabis hors de ton programme.
Cet article a une visée informative et ne constitue pas un conseil juridique. Informations vérifiées en septembre 2026 ; les lois évoluent, vérifie-les avant chaque départ.


