Non, le cannabis n’est pas légal au Venezuela. La Ley Orgánica de Drogas du 15 septembre 2010 interdit d’en cultiver, d’en vendre, d’en transporter et d’en détenir, et le pays n’a aucun programme de cannabis médical. Le consommateur pris avec une petite quantité pour lui-même n’encourt pas la prison, mais il passe devant un juge qui peut lui imposer analyses, traitement dans un centre de réhabilitation et suspension du permis de conduire. Au-delà de 20 grammes, c’est le barème du trafic qui s’applique (il vise aussi le simple fait de transporter ou de stocker) : 8 à 25 ans de prison selon la quantité.
Les « 20 grammes dépénalisés » que l’on lit souvent en ligne sont un contresens. Ce chiffre est le plafond du délit de simple possession, puni d’un à deux ans de prison (article 153), et non une quantité autorisée. Quant au changement de pouvoir de janvier 2026, quand Nicolás Maduro a été capturé par les États-Unis et remplacé par Delcy Rodríguez comme présidente par intérim, il n’a, à ce jour, pas touché à la loi sur les drogues.
Loi, barème des peines, CBD, risques pour le voyageur et comparaison avec la France : tout est vérifié au 26 septembre 2026.
L’essentiel en 30 secondes
• Cannabis interdit sous toutes ses formes : ni légalisation, ni dépénalisation, ni usage médical encadré.
• CBD : aucun seuil de THC dans la loi ; une fleur ou une résine CBD reste, pour elle, du cannabis.
• Un touriste pris en train de consommer risque la rétention, des tests d’urine ou de sang et un traitement imposé ; 1 à 2 ans de prison jusqu’à 20 g hors usage personnel, 8 ans minimum au-delà.
• La Garde nationale fouille les voyageurs au départ de l’aéroport de Caracas-Maiquetía, parfois jusqu’à la radiographie à l’hôpital.
Que dit la loi au Venezuela en 2026 ?
Le texte de référence est la loi organique sur les drogues (Ley Orgánica de Drogas), publiée au Journal officiel (Gaceta Oficial n° 39.510) le 15 septembre 2010. Elle s’applique à tous les stupéfiants inscrits aux listes I et II de la Convention unique de l’ONU de 1961, où figurent le cannabis, sa résine et ses extraits. La loi parle de marihuana et crée même une catégorie à part, la marihuana genéticamente modificada, soumise à des seuils plus bas.
Trois régimes selon la quantité et l’intention
- Le consommateur (article 131) : celui qui détient une dose personnelle, fixée au cas par cas par le juge sur rapport d’experts médico-légaux, n’encourt pas de prison. Il est soumis à des medidas de seguridad social : examens, traitement, désintoxication, parfois travaux d’intérêt général.
- La possession illicite (article 153) : détenir du cannabis sans que ce soit pour sa propre consommation est puni d’un à deux ans de prison, dans la limite de 20 g de marihuana ou 5 g de marihuana « génétiquement modifiée ».
- Le trafic (article 149) : vendre, fournir, distribuer, mais aussi transporter, cacher ou stocker. La loi fait démarrer son barème là où s’arrêtent les seuils de l’article 153.
Le piège des 20 grammes
Le seuil de 20 g ne protège personne. En dessous, vous restez exposé à la prison si le juge estime que le cannabis n’était pas destiné à votre seule consommation. L’article 153 écarte aussi l’argument de la « provision » : une réserve qui dépasse ce que pourrait être, en théorie, une dose personnelle n’est pas prise en compte comme telle. Au-dessus de 20 g, on entre dans le barème du trafic, avec un minimum de 8 ans.
Deux autres règles durcissent encore le texte. Le trafic, la production et la culture sont imprescriptibles (article 189) : l’action pénale ne s’éteint jamais. Et leurs peines sont alourdies d’un tiers à la moitié (article 163) quand les faits ont lieu dans un établissement scolaire ou culturel, au domicile ou à moins de 500 mètres de ces lieux, et de moitié quand ils ont lieu dans un moyen de transport ou un lieu de spectacle ou de fête.
Les peines prévues, quantité par quantité
Barème de la loi de 2010 pour le cannabis « classique » ; pour la marihuana genéticamente modificada, les seuils tombent à 5 g, 200 g et 1 kg.
| Situation | Article | Sanction prévue |
|---|---|---|
| Consommation, dose personnelle fixée par le juge | 131, 141, 142 | Pas de prison : analyses, traitement obligatoire, suspension du permis de conduire |
| Consommation répétée après une première procédure | 144 | Placement en centre de réhabilitation jusqu’à 1 an |
| Possession hors usage personnel, jusqu’à 20 g | 153 | 1 à 2 ans de prison |
| Trafic ou transport, de 20 g à 500 g | 149 | 8 à 12 ans |
| Trafic ou transport, jusqu’à 5 kg | 149 | 12 à 18 ans |
| Trafic ou transport, au-delà de 5 kg | 149 | 15 à 25 ans |
| Culture, graines ou résine : jusqu’à 10 plants ou 300 g | 151 | 6 à 10 ans |
| Culture, graines ou résine : au-delà | 151 | 12 à 18 ans |
| Diriger ou financer un trafic | 149, 151 | 25 à 30 ans |
| Conduire sous l’emprise de stupéfiants | 139 | Suspension du permis 6 mois minimum et traitement obligatoire |
Dans la pratique, la diplomatie britannique chiffre les condamnations pour trafic entre 8 et 15 ans de prison, purgés dans des établissements « parmi les pires de la région ». Le Canada prévient que possession, usage et trafic exposent à une détention immédiate.
Et le CBD au Venezuela ?
Le Venezuela ne reconnaît pas le CBD. La loi de 2010 ne fixe aucun taux de THC en dessous duquel un produit issu du cannabis deviendrait légal, et ne dit pas un mot du chanvre industriel. Le cannabidiol pur n’est pas nommé dans les conventions de l’ONU, mais la fleur de chanvre est une sommité de cannabis et les huiles « full spectrum » sont des extraits de cannabis : les deux entrent dans le champ de la loi de 2010.
En cas de contrôle, la loi prévoit une expertise chimique et botanique de la substance saisie (article 141). Or une fleur CBD est, botaniquement, du cannabis. Transporter de la résine ou des graines peut quant à lui relever de l’article 151, qui prévoit 6 à 10 ans de prison jusqu’à 300 g. Emporter des fleurs, du hash CBD ou des graines achetés légalement en France, c’est donc s’exposer aux mêmes poursuites que pour du cannabis. Notre guide pour voyager en avion avec du CBD le rappelle : la règle qui compte est toujours celle du pays d’arrivée.
Conclusion : aucun produit CBD dans vos bagages pour le Venezuela, même une huile, même avec une ordonnance française. En France, en revanche, le CBD est légal tant qu’il contient 0,3 % de THC maximum, comme l’explique notre guide de la loi CBD en France.

Gorilla Glue
Génétique américaine cultivée en bio en France, 0,3 % de THC maximum : légale en France, à retrouver chez vous, pas dans vos bagages.
Ce que risque un touriste
Un étranger est soumis à la même loi qu’un Vénézuélien. Pris en train de consommer, il est retenu et présenté au ministère public, qui fait pratiquer des analyses d’urine, de sang ou d’autres fluides (article 141). Or le THC reste détectable plusieurs jours après usage (voir notre article sur la durée de détection du THC). Le juge peut ensuite imposer centre de réhabilitation, examens médicaux et psychologiques, traitement et suspension du permis de conduire.
- L’aéroport de Maiquetía, qui dessert Caracas, concentre les contrôles antidrogue. La Garde nationale bolivarienne y fouille les passagers au départ, en particulier vers l’Europe, et demande parfois à un voyageur de la suivre à l’hôpital pour une radiographie. Le Canada conseille de faire ses bagages soi-même, de ne jamais les quitter des yeux et de ne rien transporter pour autrui.
- L’île de Margarita, principale destination balnéaire, fait l’objet d’une mise en garde particulière de la diplomatie belge sur les affaires de drogue.
- La détention : prisons dangereuses aux conditions très dures, arrestations arbitraires d’étrangers signalées, assistance consulaire très limitée. Le Canada n’a plus d’ambassade ouverte à Caracas depuis 2019.
- Le marché de rue : il n’existe aucun point de vente légal. Groupes armés et bandes criminelles sont actifs là où prospère le trafic, notamment près des frontières colombienne, brésilienne et guyanienne.
Au 26 septembre 2026, le Canada recommande d’éviter tout voyage au Venezuela ; le Royaume-Uni déconseille tout déplacement non essentiel, et tout déplacement sans exception dans l’État de Zulia et les zones frontalières. Le pays se relève aussi des deux séismes du 24 juin 2026 (magnitudes 7,2 et 7,5), qui ont notamment endommagé La Guaira et Caracas, et l’aéroport de Maiquetía n’a repris ses vols commerciaux, en capacité limitée, que le 1er septembre.

Cannabis médical et réformes : le statu quo
La loi de 2010 réserve les stupéfiants aux usages médicaux et scientifiques autorisés par les autorités sanitaires, mais aucun programme de cannabis médical n’a été créé et aucun médicament à base de cannabis n’y est, à notre connaissance, autorisé. Les patients n’ont aucune voie légale d’accès.
Les tentatives d’ouverture sont restées lettre morte. En avril 2018, un collectif citoyen a demandé à l’Assemblée nationale un débat sur la légalisation et la dépénalisation de la consommation et de la culture, sans suite. Le 15 septembre 2025, Nicolás Maduro a fermé la porte devant la presse internationale : le cannabis est « toujours illégal et le restera », et le pays ne tombera pas dans « la tendance insensée » qui consiste à légaliser les drogues.
Depuis, le paysage politique a basculé. Le 3 janvier 2026, des frappes américaines ont visé Caracas et Nicolás Maduro a été capturé puis transféré aux États-Unis. La vice-présidente Delcy Rodríguez assure l’intérim depuis le 5 janvier. Son gouvernement a ouvert le pétrole au privé et promulgué une loi d’amnistie, mais aucune réforme de la loi sur les drogues n’a été adoptée ni, à notre connaissance, annoncée à ce jour.
Les voisins ont avancé. La Colombie encadre le cannabis médical par la loi depuis 2016. Au Brésil, une décision de la Cour suprême de 2024 fait de la détention jusqu’à 40 g pour usage personnel une simple infraction administrative. Le Venezuela, lui, n’a pas bougé depuis 2010.
Venezuela ou France : ce qui change
| Venezuela | France | |
|---|---|---|
| Cannabis récréatif | Interdit | Interdit |
| Sanction de l’usage | Mesures imposées par le juge : analyses, traitement, suspension du permis | Amende forfaitaire de 500 € (400 € minorée, 1 000 € majorée) depuis la loi du 18 août 2026 |
| CBD | Aucun seuil de THC : fleurs, résines et huiles assimilées au cannabis | Légal à 0,3 % de THC maximum, fleurs comprises depuis décembre 2022 |
| Conduite après usage | Suspension du permis 6 mois minimum et traitement obligatoire | Jusqu’à 3 ans de prison et 9 000 € d’amende |
En clair, ce qui est un produit de boutique en France est un stupéfiant au Venezuela : partez sans rien, retrouvez votre CBD au retour.
Cet article a une visée informative et ne constitue pas un conseil juridique. Informations vérifiées en septembre 2026 ; les lois évoluent, vérifiez-les avant chaque départ.


