Non : le cannabis est totalement interdit au Salvador, pour les Salvadoriens comme pour les touristes. La Ley Reguladora de las Actividades Relativas a las Drogas (décret législatif n° 153 du 2 octobre 2003) punit la simple détention de moins de 2 grammes de 1 à 3 ans de prison. Il n’existe ni usage personnel toléré, ni programme de cannabis médical, ni cadre légal pour le CBD.
Le contexte durcit encore la loi. Depuis mars 2022, le pays vit sous un état d’exception reconduit chaque mois (la 55e prolongation court jusqu’au 27 octobre 2026) : arrestations sans mandat, policiers et soldats jusque sur les plages de surf, placement en détention même pour moins de 2 grammes.
Voici ce que dit la loi, l’échelle des peines, le statut du CBD et ce que risque un voyageur en 2026.
L’essentiel en 30 secondes
• Le cannabis est interdit au Salvador : détention, culture, vente et consommation, sans aucun programme médical.
• Le CBD n’a aucun statut légal : la loi range les graines, fleurs et plantes de cannabis parmi les drogues, sans seuil de THC.
• Un touriste risque 1 à 3 ans de prison pour moins de 2 grammes, 3 à 6 ans au-delà, et 6 à 10 ans si la revente est retenue.
• L’état d’exception en vigueur depuis mars 2022 autorise les arrestations sans mandat et une détention jusqu’à 15 jours avant toute inculpation, au lieu de 3.
Que dit la loi au Salvador en 2026 ?
La Ley Reguladora de las Actividades Relativas a las Drogas, adoptée le 2 octobre 2003 et publiée le 7 novembre 2003, a remplacé une loi de 1991. Modifiée six fois, la dernière le 30 mars 2022, elle ne contient aucun assouplissement pour le cannabis dans sa version consolidée d’avril 2026.
Deux articles en donnent la logique :
- l’article 2 considère comme drogues non seulement les substances, mais aussi « les semences, florescences, plantes ou parties de plantes » qui servent à les fabriquer ;
- l’article 3 interdit toute activité liée à plusieurs catégories de produits, dont une catégorie « Cannabis » nommée en toutes lettres.
Seule exception : la recherche, la fabrication de médicaments, le traitement médical ou l’usage industriel, en quantités strictement nécessaires et avec l’autorisation du Conseil supérieur de santé publique (Consejo Superior de Salud Pública). Aucun particulier ne peut s’en prévaloir.
Prison dès le premier gramme : l’échelle des peines
Contrairement à beaucoup de pays d’Amérique latine, le Salvador ne prévoit aucune quantité tolérée pour la consommation personnelle. L’article 34 punit la détention dès le premier gramme, avec un palier à 2 grammes.
| Infraction (loi de 2003) | Peine de prison prévue |
|---|---|
| Détention de moins de 2 grammes (art. 34, al. 1) | 1 à 3 ans |
| Détention de 2 grammes ou plus (art. 34, al. 2) | 3 à 6 ans |
| Détention en vue de la revente, quelle que soit la quantité (art. 34, al. 3) | 6 à 10 ans |
| Se montrer en train de consommer, en public ou en privé (art. 46) | 1 à 3 ans |
| Semis, culture ou récolte, même d’un plant (art. 31) | 5 à 15 ans |
| Achat, vente, transport, importation (art. 33) | 10 à 15 ans, maximum relevé d’un tiers en cas de trafic international |
| Mêmes délits commis par un membre de gang (art. 54, réforme de 2022) | 20 à 30 ans |
Les amendes prévues pour la détention, la culture et le trafic ont été annulées par la Chambre constitutionnelle de la Cour suprême (arrêts publiés en 2007, 2009 et 2013), faute de base de calcul valable. Seule la prison demeure.
Ce que cela donne en 2026
Selon le Diario El Salvador, 40 % des dossiers des juges d’instruction de San Salvador en 2026 portent sur la détention en vue de la revente, et la détention est ordonnée même pour moins de 2 grammes. Début septembre 2026, un tribunal de San Salvador a condamné à 6 ans de prison un homme arrêté en janvier avec 28 grammes de marihuana répartis en huit portions. En avril, un habitant d’Ilopango a été arrêté pour trois plants en pots.
L’état d’exception, un risque de plus
Le 27 mars 2022, après 76 meurtres attribués aux gangs en deux jours, l’Assemblée a voté le régimen de excepción voulu par le président Nayib Bukele. Il est prolongé chaque mois depuis : 55 prolongations au 23 septembre 2026 et plus de 93 000 arrestations selon le gouvernement.
Concrètement :
- les arrestations sans mandat sont possibles, les droits de la défense sont limités et une personne peut être détenue jusqu’à 15 jours sans être inculpée, contre 3 jours en temps normal ; la suite de la détention avant procès peut être bien plus longue ;
- le Canada signale que des étrangers ont été détenus, parfois de façon arbitraire, et que l’assistance consulaire peut être retardée ;
- les audiences collectives sont courantes et les prisons sont décrites comme surpeuplées et violentes.
En janvier 2024, le ministre de la Justice et de la Sécurité Gustavo Villatoro résumait la ligne officielle : pour la consommation et la distribution de drogue, il n’y a que « deux chemins : la prison ou la mort ».
Et le CBD au Salvador ?
Le CBD n’est ni autorisé ni encadré au Salvador. La loi ne fixe aucun seuil de THC et ne distingue pas le chanvre du cannabis : l’article 3 interdit toute activité liée aux plantes de la catégorie « Cannabis » et l’article 34 punit la détention de graines, de feuilles ou de fleurs, sans condition de taux. Une fleur de CBD reste donc, pour la loi, du cannabis. Pour une huile ou un autre dérivé, aucune exception n’est prévue pour le grand public : la seule porte est l’autorisation du Conseil supérieur de santé publique, réservée à la recherche, aux médicaments, au traitement médical et à l’industrie.
Le seuil de 0,3 % de THC qui rend nos produits légaux en France n’a donc aucune valeur au Salvador : des fleurs, de la résine ou des graines dans une valise, c’est de la drogue au sens de la loi. Notre guide voyager en avion avec du CBD détaille les règles du transport aérien et des escales.

Gorilla Glue
Génétique américaine cultivée en bio en France, 0,3 % de THC maximum : légale en France, à garder pour votre retour.
Ce que risque un touriste
Les voyageurs viennent surtout pour le surf à La Libertad et El Tunco et pour les volcans. La police et l’armée sont présentes jusque sur ces sites, et le statut d’étranger ne protège de rien.

À savoir avant de partir :
- à l’aéroport international, des agents cynophiles de la police travaillent 24 heures sur 24 ; en janvier 2024, une voyageuse guatémaltèque y a été arrêtée avec de la marijuana dans ses bagages ;
- le Canada prévient qu’on peut être arrêté pour la seule présence aux côtés d’une personne qui consomme, et que des dépistages de drogues peuvent avoir lieu à l’entrée comme à la sortie du territoire ;
- aucun produit issu du cannabis ne doit se trouver dans vos affaires, CBD compris ;
- gardez vos bagages sous les yeux et ne transportez jamais le colis d’un tiers, pour qu’on n’y glisse pas de drogue ;
- ayez toujours une pièce d’identité sur vous et coopérez lors des contrôles, fréquents sur les routes ;
- les autorités belges conseillent de couvrir d’éventuels tatouages, dans le contexte sécuritaire actuel.
Cannabis médical : un projet resté lettre morte
En juillet 2019, le député Francis Zablah (parti GANA) a déposé un projet de loi sur le cannabis médical : ordonnance spéciale, patients inscrits auprès de l’autorité du médicament, licence d’un an. Renvoyé en commission, il n’a pas abouti : sept ans plus tard, la loi sur les drogues ne prévoit toujours aucun programme de cannabis médical.
L’opinion ne pousse pas au changement : en 2014, plus de 700 personnes ont manifesté à San Salvador pour la dépénalisation, mais l’enquête AmericasBarometer ne trouvait que 8 % de Salvadoriens favorables à la légalisation. La réforme de mars 2022 est allée dans l’autre sens, et aucun changement n’est à l’ordre du jour en 2026.
Les règles diffèrent chez les voisins, du Guatemala au Honduras en passant par le Mexique.
Salvador ou France : ce qui change
| Situation | Salvador | France |
|---|---|---|
| Petite quantité de cannabis | 1 à 3 ans de prison sous 2 grammes | Amende forfaitaire de 500 € (400 € minorée, 1 000 € majorée) |
| Consommation en public | Délit à part entière : 1 à 3 ans | Amende forfaitaire, comme tout usage |
| Culture d’un plant | 5 à 15 ans | Interdite, poursuites pénales |
| Fleurs et résines de CBD | Traitées comme du cannabis | Légales à 0,3 % de THC maximum |
En France, les fleurs et résines de chanvre sont légales si leur taux de THC ne dépasse pas 0,3 % (arrêté du 30 décembre 2021, confirmé pour les fleurs par le Conseil d’État le 29 décembre 2022). Tout est détaillé dans notre guide de la loi sur le CBD en France. Le bon réflexe : partir au Salvador sans rien, zéro cannabis, zéro CBD, et retrouver nos fleurs de CBD une fois rentré.
Cet article a une visée informative et ne constitue pas un conseil juridique. Informations vérifiées en septembre 2026 ; les lois évoluent, vérifiez-les avant chaque départ.


