Le CBDP (cannabidiphorol) est un cannabinoïde naturel mineur, non psychoactif, isolé en 2019 dans la variété italienne FM2. Il partage le squelette du CBD, à une différence près qui fait toute l’histoire : sa chaîne latérale compte sept carbones au lieu de cinq. Depuis, il intrigue les laboratoires, souvent au prix d’une confusion avec son cousin psychoactif, le THCP.
Au 1er octobre 2026, le CBDP n’est pas inscrit sur la liste des stupéfiants en France et n’appartient pas au noyau benzo[c]chromène visé par la décision ANSM du 22 mai 2024 — ce même noyau qui a emporté le THCP ou le H4-CBD. Le cannabidiphorol relève donc, par défaut, du régime applicable au CBD : toléré lorsqu’il provient d’une variété de chanvre inscrite au catalogue européen et que le produit fini respecte le seuil de 0,3 % de Delta-9-THC. Une limite demeure pour les formes ingérables, qui tombent sous le règlement européen Novel Food.
L’essentiel
- Statut en France au 01/10/2026 : non classé stupéfiant, non visé par la décision ANSM du 22 mai 2024. Toléré au régime CBD (chanvre autorisé, THC total ≤ 0,3 %).
- Famille chimique : squelette résorcinolique du CBD avec chaîne latérale heptyle (C7), hors famille benzo[c]chromène.
- Non psychoactif. À ne pas confondre avec le THCP, qui partage la chaîne C7 mais sur squelette THC et qui est, lui, classé stupéfiant depuis le 3 juin 2024.
- Novel Food (règlement UE 2015/2283) : pas d’autorisation à ce jour pour les isolats oraux de CBDP.
- Alternative conforme : fleurs et résines de CBD issues de variétés inscrites au catalogue européen, THC total équivalent < 0,3 %, COA disponibles.
Qu’est-ce que le CBDP (cannabidiphorol) ?
Le CBDP est un phytocannabinoïde produit naturellement par Cannabis sativa L. Son nom chimique complet est cannabidiphorol, parfois abrégé CBD-C7 ou CBD-heptyl. Formule brute : C₂₃H₃₄O₂. Masse molaire : environ 342,5 g/mol.
Sa particularité tient à sa chaîne latérale alkyle. Le CBD classique porte une chaîne de cinq carbones (pentyle) ; le CBDP en aligne sept (heptyle). Cette structure « à longue chaîne » est rarissime dans la nature : avant 2019, elle n’était connue que comme analogue de synthèse. C’est l’équipe du professeur Giuseppe Cannazza (Université de Modène et Reggio d’Émilie) qui a mis en évidence sa présence naturelle, aux côtés du THCP, dans la variété médicale italienne FM2. Les travaux ont été publiés en décembre 2019 dans Scientific Reports (Linciano, Citti, Russo, Cannazza et coll.).
Point essentiel : le CBDP n’est pas psychoactif. Il ne provoque ni « high », ni altération marquée de la conscience. Son squelette chimique est celui du CBD — un diphénol résorcinolique à cycle ouvert — et non celui du THC, qui porte un cycle benzopyrane fermé (le noyau benzo[c]chromène). Cette distinction conditionne à la fois la pharmacologie et le classement juridique de la molécule.
CBDP, THCP, THC, CBD : ne pas tout mélanger
La confusion la plus fréquente consiste à présenter le CBDP comme « cannabinoïde surpuissant » par analogie avec le THCP. L’analogie est trompeuse : CBDP et THCP partagent une chaîne latérale à 7 carbones, mais ils reposent sur deux squelettes chimiques différents.
- Le CBDP est bâti sur le squelette du CBD (diphénol résorcinolique à cycle ouvert). Comme le CBD, il n’active pas directement les récepteurs CB1 et agit, lorsqu’il agit, par voie indirecte et modulatrice.
- Le THCP est bâti sur le squelette du THC (noyau benzo[c]chromène, cycle fermé). Comme le THC, il se fixe sur les récepteurs CB1 — l’étude Citti de 2019 a mesuré in vitro une affinité jusqu’à 33 fois supérieure à celle du THC classique.
La chaîne C7 démultiplie l’ancrage sur CB1 uniquement quand la molécule a déjà un squelette prédisposé à s’y fixer. Le CBD n’ayant pas cette prédisposition, l’allongement de la chaîne ne fait pas du CBDP un modulateur « démultiplié ».
| Molécule | Squelette | Chaîne latérale | Psychoactif | Statut FR 2026 |
|---|---|---|---|---|
| CBD | Résorcinolique (cycle ouvert) | 5 C (pentyle) | Non | Toléré (THC ≤ 0,3 %) |
| CBDP | Résorcinolique (cycle ouvert) | 7 C (heptyle) | Non | Toléré (régime CBD) |
| THC (Δ9) | Benzo[c]chromène (cycle fermé) | 5 C (pentyle) | Oui | Stupéfiant |
| THCP | Benzo[c]chromène (cycle fermé) | 7 C (heptyle) | Oui | Stupéfiant (ANSM 22/05/2024) |
Conséquence juridique directe : la décision ANSM du 22 mai 2024, qui classe stupéfiants les substances à noyau benzo[c]chromène (THCP, H4-CBD, H2-CBD, HHCPO, THCA et dérivés), ne vise pas le CBDP.
Statut légal du CBDP en France (octobre 2026)
Au 1er octobre 2026, le cannabidiphorol n’est pas inscrit nominativement sur la liste des stupéfiants publiée par l’ANSM, ni sur celle des substances psychotropes :
- L’article R. 5132-86 du code de la santé publique pose le principe : seules sont stupéfiantes les substances expressément inscrites. Le CBDP n’y figure pas.
- La décision ANSM du 22 mai 2024 (JO 3 juin 2024) classe les composés à noyau benzo[c]chromène. Le CBDP, bâti sur le squelette résorcinolique du CBD, est hors du périmètre.
- L’arrêté interministériel du 30 décembre 2021 fixe le seuil de 0,3 % de delta-9-THC pour le chanvre. Un CBDP extrait d’une variété inscrite et respectant ce seuil relève du régime du CBD naturel.
- La décision du Conseil d’État du 29 décembre 2022 (annulation de l’interdiction de vente des fleurs et feuilles brutes) a sécurisé ce socle.
En pratique, le CBDP est assimilé au régime du CBD dès lors qu’il provient d’un chanvre autorisé et que le produit fini respecte le seuil de 0,3 % de delta-9-THC. Pour un e-liquide, une résine, une fleur enrichie ou un cosmétique conforme à ces conditions et accompagnés d’un certificat d’analyse (COA), le risque pénal est faible.
Deux garde-fous demeurent : un CBDP issu d’une hémisynthèse à partir de CBD devient suspect si le procédé produit des sous-produits benzo[c]chromène — seul le COA d’un lot permet de les écarter ; et toute allégation thérapeutique (douleur, sommeil, anxiété…) est interdite par les articles L. 5122-1 et suivants du CSP.
Pour mémoire, le droit commun des stupéfiants reste la grille de référence si la situation évoluait : article 222-37 CP (10 ans et 7 500 000 €), article 222-39 CP (5 ans et 75 000 €), article L. 3421-4 CSP (5 ans et 75 000 € pour la provocation à l’usage, qui vise les contenus web).
Statut en Europe et règlement Novel Food
Au niveau européen, le CBDP n’est pas inscrit comme substance contrôlée au titre de la Convention des Nations unies de 1961, ni dans les listes de l’EUDA (ex-EMCDDA). L’European Drug Report 2026 ne le mentionne pas parmi les substances d’abus surveillées.
La contrainte principale est le règlement (UE) 2015/2283 dit « Novel Food ». Il impose une autorisation préalable pour toute denrée alimentaire sans historique significatif de consommation humaine dans l’Union avant le 15 mai 1997. Depuis janvier 2019, le catalogue Novel Food de la Commission européenne y range explicitement les cannabinoïdes isolés et les extraits concentrés — CBD compris, et a fortiori CBDP.
Conséquences directes en 2026 :
- Aucun dossier Novel Food n’a été déposé auprès de l’EFSA pour un isolat ou un extrait concentré de CBDP destiné à l’ingestion. L’avis EFSA de février 2026 (apport provisoire sûr de 0,0275 mg/kg pc/jour pour le CBD) ne couvre pas le CBDP, entité chimique distincte.
- Depuis le 15 mai 2026, la DGAL et la DGCCRF retirent du marché toute denrée contenant des cannabinoïdes isolés sans autorisation Novel Food (gommes, huiles orales, boissons).
- Les fleurs, résines, e-liquides et cosmétiques n’entrent pas dans le périmètre Novel Food et peuvent contenir des traces naturelles de CBDP sans difficulté.
Effets rapportés et limites de la recherche
À ce jour, les données cliniques humaines sur le CBDP sont quasi inexistantes. Les publications disponibles reposent sur de la modélisation moléculaire et des travaux in vitro. Trois constats peuvent être posés sans extrapolation :
- Aucun effet psychoactif documenté. Le CBDP n’active pas directement CB1 ; il ne produit ni « high » ni altération de la vigilance.
- Un mode d’action modulateur, dans la lignée du CBD : interaction indirecte avec le système endocannabinoïde, affinité faible pour CB1 et CB2.
- Pas d’effets secondaires spécifiques connus au-delà de ceux du CBD (fatigue légère, bouche sèche, interactions potentielles avec certains médicaments métabolisés par le CYP450 à fortes doses).
Tout le reste — « analgésie démultipliée », « puissance décuplée », « anti-inflammatoire majeur » — relève, à l’automne 2026, de la projection commerciale et serait juridiquement irrecevable comme allégation.
Et aujourd’hui ? Le CBDP sur le marché français en 2026
Le cannabidiphorol se diffuse en France depuis 2024-2025, sous trois formes :
- En trace naturelle dans des extraits full spectrum et des fleurs premium riches en cannabinoïdes mineurs.
- En e-liquide ou résine enrichie, un concentré de CBDP ajouté à une base de CBD. Le COA du lot y est déterminant pour écarter des dérivés benzo[c]chromène.
- En isolats et formulations ingérables (huiles orales, gommes, boissons) : ces formes relèvent du Novel Food et sont retirées depuis le plan DGAL de mai 2026.
Le socle juridique le plus solide reste celui des fleurs et résines de CBD issues de variétés inscrites au catalogue européen, dont le THC total équivalent (Δ9-THC + 0,877 × THCA) demeure inférieur à 0,3 % et dont le certificat d’analyse est disponible. Cette catégorie bénéficie d’une jurisprudence stable (Conseil d’État, 29 décembre 2022) et d’un cadre européen clarifié (CJUE, Kanavape, 2020). C’est à l’intérieur de ce socle que des traces naturelles de CBDP trouvent leur place sans ambiguïté réglementaire.
Quatre repères pour le consommateur : vérifier la variété de chanvre (inscrite au catalogue européen), lire le COA (THC total ≤ 0,3 %, absence de molécules benzo[c]chromène), s’en tenir aux formes non ingérables, se méfier des allégations thérapeutiques.
Questions fréquentes
Le CBDP est-il légal en France en 2026 ?
Il n’est pas inscrit sur la liste des stupéfiants et n’est pas visé par la décision ANSM du 22 mai 2024 (famille benzo[c]chromène). Un CBDP naturel issu d’un chanvre autorisé, dans un produit fini à moins de 0,3 % de delta-9-THC et sous forme non ingérable, relève du régime du CBD.
CBDP et THCP, c’est pareil ?
Non. Chaîne latérale à 7 carbones commune, mais le CBDP repose sur le squelette résorcinolique du CBD (non psychoactif, non classé) tandis que le THCP repose sur le noyau benzo[c]chromène du THC (psychoactif, classé stupéfiant depuis le 3 juin 2024).
Peut-on consommer du CBDP en huile orale ou en gomme ?
Les isolats et extraits concentrés destinés à l’ingestion relèvent du règlement européen Novel Food (UE 2015/2283). Aucune autorisation n’a été délivrée à ce jour, et le plan DGAL de mai 2026 impose leur retrait du marché.


