La « Marie Jeanne » l’origine et définition de ce terme de vocabulaire du cannabis…
« Marie Jeanne » pour désigner le cannabis : entre les bières au comptoir, les chansons d’auteur et les pages de Spirou, le surnom traîne dans la culture francophone depuis des décennies. Mais d’où vient-il, au juste ? Pourquoi un prénom féminin pour une plante ? Pour comprendre, il faut remonter au Mexique du XIXe siècle, traverser la prohibition américaine, et passer par un article culte du Time Magazine en 1943. Spoiler : c’est aussi politique qu’étymologique.
Marijuana : un mot mexicain devenu mondial
Le mot « marijuana » (ou marihuana, mariguana) trouve ses racines dans l’espagnol mexicain. Selon l’Académie française, il s’agit d’un emprunt « par l’intermédiaire de l’anglais des États-Unis, de l’espagnol du Mexique mariguana, de même sens ». Première apparition documentée : autour de 1894 sous la forme « mariguan ».
Ce qui est rigolo, c’est qu’à l’origine, le mot ne désignait pas exactement la plante qu’on connaît. Plusieurs sources historiques indiquent qu’il faisait référence à un mélange d’herbes locales utilisé au Mexique à des fins médicinales — pas forcément du cannabis. Le sens a glissé au fil du temps pour s’attacher exclusivement à la plante de chanvre psychotrope.
Les Espagnols avaient introduit le cannabis au Mexique pour ses fibres (chanvre industriel). Mais la dimension récréative a émergé localement, et le mot « marihuana » s’est associé à l’usage festif au point de devenir le terme dominant.
D’où vient vraiment le mot « marijuana » ? 3 théories sérieuses
L’origine étymologique exacte reste débattue. Trois pistes coexistent dans la littérature :
1. La théorie hispano-mexicaine (la plus populaire). En décomposant « marijuana » en « mari » + « juana », on retrouve María et Juana — deux prénoms ultra-courants dans le Mexique catholique du XIXe. Traduits en anglais, ça donne Mary Jane. Et en français : Marie Jeanne. Le tour est joué. C’est l’hypothèse retenue par la majorité des dictionnaires, même si les linguistes la qualifient de « spéculative ».
2. La théorie chinoise. Au XIXe siècle, des immigrants chinois s’installent dans l’ouest du Mexique. Selon plusieurs historiens, ils auraient apporté le terme « ma ren hua » (麻仁花, « fleur de graine de chanvre »), espagnolisé phonétiquement en « marihuana ». Variante : le mot viendrait de l’expression espagnole familière mejorana chino (« origan chinois »).
3. La théorie nahuatl. Le mot pourrait dériver du nahuatl « mallihuan » signifiant « prisonnier ». Cette hypothèse, défendue notamment par Sensi Seeds, reste minoritaire — beaucoup de linguistes y voient une coïncidence homophonique plutôt qu’une vraie filiation.
Vérité historique : personne n’a tranché définitivement. Et c’est précisément ce qui rend l’histoire du mot fascinante.
La prohibition américaine : quand un mot devient une arme politique
Voilà l’angle qu’on oublie souvent : le mot « marijuana » a été volontairement popularisé aux États-Unis dans les années 1920-1930 dans un objectif politique.
Avant cette époque, les Américains utilisaient surtout les mots « cannabis » (médical) et « hemp » (chanvre industriel). Tout change au début du XXe siècle, lorsque l’immigration mexicaine massive (consécutive à la Révolution mexicaine de 1910) inquiète les autorités américaines. Harry Anslinger, premier directeur du Federal Bureau of Narcotics à partir de 1930, mène une campagne anti-cannabis virulente. Il choisit délibérément le terme étranger, exotique, mexicain : « marijuana ». L’objectif : associer la plante à une population stigmatisée, susciter le rejet, et faciliter la prohibition.
Cette stratégie culmine avec le célèbre film de propagande Reefer Madness (1936), qui présente la marijuana comme une drogue rendant fou et violent. Puis avec le Marihuana Tax Act de 1937, qui criminalise de fait la plante aux États-Unis. C’est un texte fondateur — celui qui a posé les bases de la prohibition mondiale du cannabis pour les 80 années suivantes.
👉 Bref, derrière le surnom poétique « Marie Jeanne » se cache une histoire politique beaucoup moins glamour : celle d’un mot transformé en outil de stigmatisation raciale.
Mais alors, « Marie Jeanne », d’où ça sort ?
La filière est simple, et elle passe par les États-Unis : marijuana → Maria Juana → Mary Jane → Marie Jeanne.
Il faut attendre 1943 pour voir une des premières apparitions documentées du mot « Mary Jane » dans la presse, dans un article du Time Magazine baptisé « Music: The Weed ». Le journaliste y détaille les multiples surnoms du cannabis dans la culture jazz américaine :
« Pour ses consommateurs, la drogue porte de nombreux noms, souvent évasifs. La marijuana peut être appelée muggles, mooter, Mary Warner, Mary Jane, Indian hay, loco weed, love weed, bambalacha, mohasky, mu, moocah, grass, tea ou blue sage […] »
Le mot « Mary Jane » s’impose progressivement dans le jazz, puis le rock, puis la pop. Lady Gaga sort « Mary Jane Holland » en 2013. Tom Petty avait livré « Last Dance with Mary Jane » en 1993. Rick James, en 1978, déjà : « Mary Jane ». Les variations sur le surnom ont nourri toute une partie de la pop culture occidentale (à voir aussi : les 10 meilleures musiques sur le cannabis).
En français, la traduction « Marie Jeanne » s’impose dans les années 1970, à une époque où le mouvement hippie et la contre-culture rendent le sujet plus visible. Le surnom est ludique, presque tendre — c’est exactement ce qu’on cherche pour déstigmatiser ou parler du cannabis sans paraître trop frontal.
Le jeu de mots Marie Jeanne / Marijuana
Le rapprochement entre « Marie Jeanne » et « marijuana » est à la fois humoristique et phonétique. Les deux termes partagent une sonorité quasi identique en français — il suffit de prononcer « ma-ri-jua-na » à la française pour entendre poindre les deux prénoms.
Cette astuce langagière est utilisée pour deux raisons principales :
- Désigner le cannabis de façon codée, sans le nommer directement (pratique à une époque où le sujet était lourdement tabou)
- Adoucir la perception de la plante en lui donnant un visage féminin et familier — quasi domestique
C’est aussi ce qui explique le succès durable du surnom dans la culture francophone : il sonne familier, presque rassurant. Brassens l’avait bien compris (sa chanson « Le Bistrot » contient une fameuse allusion).
Les autres surnoms du cannabis : un éventail riche
« Marie Jeanne » n’est qu’un nom parmi des dizaines. Le cannabis est sans doute la substance la plus surnommée au monde. Petit tour d’horizon :
- Cannabis : terme botanique officiel, du latin scientifique. Origine probable : sanskrit « ganjika ».
- Marijuana / Marihuana : version espagnole mexicaine, popularisée par les USA.
- Ganja : du sanskrit, désigne historiquement la fleur séchée. (à creuser dans notre histoire du cannabis en Inde)
- Weed : « mauvaise herbe » en anglais — devenu mondial dans les années 80-90.
- Beuh : verlan/déformation phonétique de « herbe », roi du langage de rue français.
- Pot : surtout USA et Canada français, dérivé de l’espagnol potiguaya.
- Herbe, fumette, oinj, joint : grands classiques du langage courant.
- Má (麻) : nom chinois millénaire, documenté depuis 2737 av. J.-C. dans le Shennong Ben Cao Jing. (détails dans notre dossier cannabis et médecine chinoise)
Pour le panorama complet, jette un œil à notre lexique du cannabis : shit, beuh, marijuana, THC… et au portrait de Jack Herer, l’activiste qui a donné son nom à une variété mythique.
En résumé : Marie Jeanne, plus qu’un surnom
« Marie Jeanne », c’est l’aboutissement français d’un long voyage linguistique : de l’espagnol mexicain du XIXe siècle, récupéré politiquement par la prohibition américaine des années 1930, relayé par la pop culture jazz puis hippie, et finalement traduit en français dans les années 70. Derrière la légèreté du surnom se cache une histoire dense — coloniale, raciale, culturelle.
Aujourd’hui, le terme reste un clin d’œil affectueux entre amateurs. Une façon de parler de la plante avec un sourire complice, sans tomber dans le jargon scientifique ni dans le militantisme. Un mot qui dit tout sans rien dire.
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